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IDEO : Les Domaines Oubliés

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Ordre et Justice

Les contrées d'Ideo : Parcourez les contrées d'Ideo, découvrez et contez ce qu'il se passe aux quatres coins de ces domaines oubliés...

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Veradun Caddeus

le Valkin 2 Goliarmos du 1561ème cycle à 13h59

Deux semaines. Il lui avait fallu deux semaines pour parcourir à pied le chemin qui séparait Gardebois de Montargent. Deux semaines à cheminer sur des routes boueuses détrempées et à dormir dans des auberges à la qualité douteuse, où il avait du par précaution ranger son insigne inquisitorial pour ne pas s'attirer d'ennui avec la clientèle locale qui ne montrait guère de respect pour les autorités. Ou envers quiconque d'ailleurs.

Il se promit qu'il reviendrait un jour dans ces lieux de débauches pour remettre ces déviants dans le chemin de la vertu.

Il arriva à Montargent peu avant le coucher du soleil. L'hiver commençait à laisser sa place au printemps, et il fut accueilli non pas par des chutes de neige abondantes mais par une pluie qui le glaça jusqu'aux os. L'épaisse couche de nuages noirs empêchaient les quelques rares rayons de soleil de parvenir jusqu'aux courageux qui s'aventuraient dans les rues. Cela donnait à la ville un air presque lugubre.
Il connaissait ces lieux par cœur car il y était né et y avait grandi. Il savait donc où se trouvait son objectif : le bâtiment qui accueillait l'Inquisition. Chez lui, désormais.

[une heure plus tard]

L'Inquisiteur Galen Morbrand finissait de relire la lettre qu'il allait envoyer à un illustre marchand de Gardebois. Plus que quelques retouches pour la peaufiner, et il pourrait rentrer chez lui avant que la nuit ne tombe complètement, pour profiter d'un bon bain chaud et d'un repas exquis. Il se souvint de cette auberge qui offrait des vins aussi délicieux que les serveuses. Peut-être pourrait-il en ramener une chez lui pour passer une nuit inoubliable. Non, pas peut-être. Il en ramènerait une. Il était l'Inquisiteur de la ville, et un simple parchemin signé de sa main pouvait conduire la famille de la malheureuse élue au bûcher si elle refusait ses avances. Il rejeta son regard vers la lettre et un sourire se dessina sur ses lèvres : cette affaire avec ce négociant gardeboisien allait lui être extrêmement profitable.
La relecture terminée, il se leva de son fauteuil et enfila un lourd manteau qui le protégerait des rigueurs du froid. Sa calèche devait probablement déjà être prête devant le bâtiment.
Quelqu'un frappa à la porte. Sûrement le cocher qui venait l'avertir.


- Oui, j'arr...

Il n'eu pas le temps de finir sa phrase que la porte s'ouvra brutalement. Un garde inquisitorial était poussé à l'intérieur de la pièce, poussé par un homme à la mine peu agréable, les chausses recouvertes de boue, l'armure maculée de pluie et une barbe de plusieurs jours parsemant son visage.

- Désolé Monseigneur, il a insisté pour rentrer. J'ai bien essayé de l'en empêcher mais...

- Qui êtes-vous ? Comment osez-vous pénétrer dans MON bureau sans invitation ? Si vous voulez de l'argent, vous n'êtes pas au bon endroit, et par Keldar je vous ferais fouetter pour un tel crime !


L'inconnu jeta le garde terrorisé sur le côté et observa la pièce. Elle était bien mieux entretenue que le bureau de la Balance à Gardebois. D'opulentes tapisseries décoraient les murs ; un riche tapis aux couleurs chaudes recouvrait le sol, et le mobilier était d'une qualité rarement vue ailleurs. Tout cela devait coûter une petite fortune, dépassant de loin le traitement d'un Inquisiteur, même celui d'une ville comme Montargent.

- Je vous ai ordonné de parler ! PARLEZ !

- Vous me dégoûtez.

- Que... quoi, comment osez-vous ?! Garde, mettez-moi ça aux fers IMMÉDIATEMENT !


Les bajoues de l'homme devinrent rouge sous l'effet de la colère. Ses mains recouvertes de bagues en or incrustées de pierres précieuses tremblaient.
Le garde esquissa bien un mouvement vers l'intrus, qui porta immédiatement une main à son épée.


- Un pas de plus et tu finiras comme les estropiés qui mendient dans la rue. Quant à vous, je répète ce que je viens de dire : vous me dégoûtez. Vous voulez savoir qui je suis ? Bien entendu, je vais vous l'indiquer.

Il tendit une main puissante en direction de l'Inquisiteur. Une seule bague était passée à son index : une bague qui portait le sceau de l'Inquisition. De l'autre main, il déroula un parchemin signé de la main de la Balance qui faisait de lui le nouveau représentant de la Justice dans la ville.

- Voilà qui je suis : l'Inquisiteur de Montargent. Vous pouvez rassembler vos affaires car vous n'êtes plus le bienvenue ici. Ni ailleurs d'ailleurs. Vous ne faites plus partie de l'Inquisition.

Le garde ne savait plus où donner de la tête. L'Inquisiteur Morbrand, quant à lui, était estomaqué. La bague était authentique, aucun doute sur ce point. Mais tout ceci semblait surréaliste. Il ne pouvait pas finir sa carrière ainsi. Perdre tout le pouvoir dont il disposait. Mais il avait encore assez de jugeote pour comprendre que l'homme en face de lui n'était pas disposé à le laisser, et que les gardes inquisitoriaux ne bougeraient pas un doigt pour lui venir en aide...
Frayer avec l'hérésie c'est mettre en péril sa pureté. Mais mentir à un Inquisiteur, c'est perdre votre âme.
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Veradun Caddeus

le Lüdik 5 Goliarmos du 1561ème cycle à 10h39

Résolu devant l'air menaçant de son successeur, l'Inquisiteur céda le pas et s'apprêta à quitter la pièce lorsqu'une poigne solide se fit sentir sur son avant-bras grassouillet, l'empêchant de bouger.

- Oh et une dernière chose : considérez-vous comme assigné à résidence. N'essayez pas de quitter la ville. En fait, n'ayez même pas l'idée de penser à le faire, car vous n'aurez pas fait une lieue en dehors que je vous aurais rattrapé. Et je serais alors beaucoup moins clément.

L'Inquisiteur ne répondit rien. La pression sur son bras s'évapora et il quitta le bâtiment sans demander son reste, devant les mines déconfites de son ancienne garde. Il avait beaucoup de choses à faire en rentrant chez lui : contacter la Balance pour lui demander des explications, et faire jouer ses contacts pour se débarrasser de ce perturbateur qui venait jouer les trouble-fêtes dans sa ville. Plusieurs personnes lui devaient des faveurs, et il était l'heure de les réclamer. Dans sa colère, il avait complètement froissé la missive qu'il devait envoyer au commerçant de Gardebois mais c'était bien le cadet de ses soucis à l'heure actuelle.
Arrivé sur le pas de la porte, aucune calèche ne l'attendait. Se retournant, il questionna le milicien qui était de garde à l'entrée du bâtiment.


- Où est le cocher ? Dites-moi comment je vais rentrer chez moi ce soir ?!

- Votre succ... l'inconnu l'a renvoyé sur-le-champ quand il est arrivé. Je crains, M'seigneur, que vous n'soyez obligé à rentrer à pied.

- A... pied ?! Vous vous moquez de moi ? Vous avez vu la pluie qui tombe ? Je finirais mort noyé avant d'arriver à ma demeure !

- Désolé m'seigneur, mais je ne sais où il l'a envoyé. En tout cas l'cocher a déguerpi sans demander son reste quand il a vu l'gars sortir son épée.


Il lui fallait se rendre à l'évidence : il allait devoir braver les intempéries pour rentrer chez lui. Quelle honte : un homme de son importance, marcher comme un vulgaire paysan dans les pavés gorgés de neige boueuse avec le risque de finir embroché par un tire-laine. Une journée qui avait si bien commencée venait de devenir cauchemardesque.

[au même moment, dans le bureau de l'Inquisiteur]

Veradun avait jeté son arme sur un meuble dont le prix devait dépasser ce qu'il gagnait annuellement. Il était sincère lorsqu'il avait dit à son prédécesseur qu'il était dégoûté. Écœuré serait le terme exact, devant une opulence qu'il considérait comme une insulte. Une idée lui vint en tête, et il se promit de l'appliquer le jour venu.
Son premier réflexe fut de faire venir le capitaine de la garde inquisitorial. Vu la corpulence de l'homme, ce dernier devait allègrement profiter des petites affaires de Morbrand et n'avait pas du courir derrière un criminel ou un sorcier dans les ruelles de la cité depuis des années.


- J'vous présente mes respects m'seigneur. On m'a dit que vous étiez le nouvel Inquisiteur de la ville, j'me trompe pas ?

- Vous ne vous trompez pas, je suis bien le nouvel Inquisiteur de la ville. Je vais être bref et concis : vous avez intérêt à me servir fidèlement, aussi fidèlement que vous avez servi l'incapable dépravé qui siégeait ici jusqu'à peu encore. Trompez-moi, mentez-moi, ou pire, trahissez-moi, et votre tête finira au bout d'une pique sur les remparts de la ville pendant que les charognards feront un festin de vos entrailles. J'espère m'être fait comprendre. Vous pouvez décamper.


Les yeux du garde furetèrent à droite et à gauche. Jamais Morbrand ne lui avait parlé ainsi et cet homme là semblait ne pas plaisanter. L'épée reine qui était posée derrière lui indiquait clairement qu'il n'était pas un incapable au maniement de l'arme. Il quitta le bureau en saluant son nouveau supérieur mais sans aucun mot. Les temps allaient changer, et pas en bien pour lui.

Son deuxième acte fut de lire en détail les archives des affaires de la ville depuis que Morbrand y avait été affecté. Quelque chose le chiffonna et et il dut relire plusieurs fois les pages avant que toutes les pièces du puzzle ne se réunissent. Ce qu'il compris défiait l'entendement, surtout venant de la part d'un représentant de Sa justice.
Son doigt descendait sur les noms, un par un. Certains lui parlaient car il les connaissait comme étant de riches marchands, même après la chute de la ville des années en arrière. Accusés des pires crimes : hérésie, sorcellerie, blasphème... Et à droite, dans la colonne "Châtiments", une seule phrase revenait : "Abandon des charges pour manque de preuve".
Ses yeux se posèrent sur des noms de pauvres hères, exerçant des professions plus humbles et beaucoup moins rentables. Aucune exception pour eux : coupables. Coupables. Coupables. Bûcher, emprisonnement pour des longues durées, pilori. Il y avait bien entendu de vrais coupables dans le lot. Et très sûrement, d'autres qui l'étaient beaucoup moins mais qui avaient la malchance de ne pas posséder suffisamment d'argent pour acheter leur innocence à Morbrand.
Que Sa justice soit dévoyée à ce point révulsa l'Inquisiteur qui en eu presque un haut-le-cœur. Se débarrassant du pesant livre, il fouilla dans les tiroirs du bureau et en sorti une plume et un parchemin en vélin afin de commencer une lettre à sa supérieure...

Frayer avec l'hérésie c'est mettre en péril sa pureté. Mais mentir à un Inquisiteur, c'est perdre votre âme.
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Veradun Caddeus

le Malina 6 Goliarmos du 1561ème cycle à 15h41

Sa première nuit en tant qu'Inquisiteur de Montargent avait été plutôt courte. Les missives se succédaient, et entre deux il compulsait les archives locales de l'Inquisition qu'il recoupait avec d'autres informations lues ailleurs ou dont il se souvenait de sa jeunesse. Petit à petit, la fatigue embruma son esprit et alors que le lever de soleil s'approchait il décida qu'il était temps pour lui d'aller prendre un peu de sommeil.

[quelques heures plus tard]

Son repos avait été de courte durée et l'activité naissante dans la rue l'avait vite réveillé. Il regretta de s'être couché si tard et il se promit de se reposer un peu plus top ce soir pour ne pas perdre ses moyens.
Il n'avait eu aucune nouvelle de son prédécesseur, et cela l'inquiétait plus que ça ne le rassurait. Normalement, une personne déchue de son poste aussi violemment viendrait dès l'aurore demander des explications, et encore plus quelqu'un comme Morbrand. Or, rien de tout ceci. L'explication logique était qu'il préparait un coup contre Veradun. Il était probable que certaines personnes lui devaient des faveurs et il les ferait jouer contre lui de façon à lui nuire le plus possible.
La corruption de Morbrand était indéniable, néanmoins de simples suspicions ne suffiraient pas comme preuves, et Veradun n'était pas homme à condamner sans être convaincu de ce qu'il faisait. Il lui fallait réunir ne serait-ce qu'une preuve contre l'ex-Inquisiteur, une seule, qui serait suffisante pour envoyer ce traître au bûcher.
La question de comment en obtenir une lui tourmenta l'esprit toute la matinée. Puis sur le coup de midi, alors qu'il allait se restaurer un peu, l'évidence lui vint soudainement et clairement. Puisqu'il ne pouvait demander directement aux intéressés une preuve contre Morbrand, il devait l'obtenir plus subtilement. Faire jouer, à son tour, ses contacts. Et une personne pouvait l'aider, une personne qui, lors de ses diverses affaires, avait été en contact avec les concernés. Une personne qui avait même probablement eu à faire avec Morbrand. Une personne en qui il avait entièrement confiance et l'aiderait sans l'ombre d'un doute.

Son père.

Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant
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Veradun Caddeus

le Valkin 9 Goliarmos du 1561ème cycle à 14h52

[le lendemain]

La visite chez son père lui avait fait l'effet d'une douche froide. Glaciale même.

Tout d'abord, ce dernier avait refusé de l'aider. Non pas ouvertement, mais en mentant éhontément à son propre fils. Pour le patriarche de la famille Caddeus, Morbrand était un homme dont l'intégrité était solide comme un roc, et ses confrères marchands et notables ne pouvaient en aucun cas être coupables des crimes dont ils étaient accusés.

Une telle attitude étonna Veradun. Il avait toujours admiré son père pour sa droiture et sa perspicacité, et ce dernier ne pouvait pas avoir été berné par ses confrères ou par la corruption crasse de Morbrand. Plus suspicieux encore, il prétexta un rendez-vous d'affaire avec un marchand de la ville pour s'éclipser dès le repas terminé, sans dire au revoir à son fils. L'inquisiteur fut étonné d'une telle chose, et soupçonneux, pris en chasse discrètement son père jusqu'au lieu du rendez-vous.
Ce qui fut étonnant, c'est que cette rencontre n'avait pas lieu dans un salon autour d'un bon verre de vin, mais dans une ruelle quelque peu désertique proche des remparts orientaux de la ville...


- Il sait.
- Peu étonnant. Je savais Morbrand d'une bêtise crasse. La question est : ton fils ou nous ?
- Des fils, j'en ai trois. Je ne peux me permettre de perdre ma fortune si Morbrand et vous tombez par contre.
- Tu penses faire quoi ? L'assassiner ?
- Aucune idée. Je ne ferais rien contre lui, mais je peux le détourner de vos affaires. Le forcer à croire qu'il se trompe sur Morbrand et vous.


De colère, et instinctivement, Veradun posa sa main sur le pommeau de son épée. Il n'avait qu'une envie : jaillir de sa cachette et planter sa lame dans le ventre du traître qui était son père. Mais ce serait un meurtre, et il était l'incarnation de Sa Justice : son père paierait un autre jour pour une telle forfaiture. Mais désormais il avait la certitude de ce qu'il pensait. Il fallait arrêter Morbrand avant que ses débiteurs ne trouvent un moyen de l'aider, et le questionner pour qu'il avoue ses crimes. Puisqu'il ne pouvait plus compter sur personne ici, il fallait employer d'autres moyens plus... radicaux.
Discrètement, il quitta la ruelle et rentra dans le "palais" inquisitorial. Il devait contacter le seigneur de la ville pour lui demander son concours dans la suite des opérations

Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant.
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Veradun Caddeus

le Malina 13 Goliarmos du 1561ème cycle à 09h00

Une pluie glaciale s'abattait sur la cité de Montargent depuis des jours interminables, et ce matin là les gouttes d'eau semblaient s'être transformé en hallebardes. La garde urbaine avait encerclé la demeure de Morbrand, et les miliciens glacés jusqu'aux os commençaient à s'impatienter devant l'absence de leur capitaine et de l'Inquisiteur.
Du rideau de pluie émergèrent finalement les deux figures. Le capitaine Laeg rejoignit ses hommes alors que, sans un mot pour la soldatesque, Veradun s'approcha et frappa lourdement de ses mains gantées de fer la porte en chêne. Il n’eut aucune réponse, et il s'y attendait. Il recula et leva la tête vers une fenêtre éclairée au premier étage, juste au dessus de lui.


- Galen Morbrand, au nom de la Sainte Inquisition, vous êtes en état d'arrestation. Ouvrez cette maudite porte !

Ses paroles étaient couverts par l'infernal bruit des gouttes qui s’écrasaient partout : sur les pavés, sur les toitures, sur les heaumes des soldats. Mais il était convaincu que l'ancien Inquisiteur l'avait entendu - si il était là. Néanmoins les chance qu'il vienne leur ouvrir et se laisser arrêter étaient faibles.
Veradun frappa à nouveau sur la porte, et il n'eut toujours aucune réponse. Deux possibilités étaient envisageables : soit ce traître s'était enfuit, soit il préparait un mauvais coup. Et Veradun devait en avoir le cœur net. Il se rapprocha du capitaine Laeg.


- Capitaine, enfoncez-moi cette porte. Que vos hommes se tiennent prêts : je n'aime pas ce qui pourrait se trouver là-dedans.

Le capitaine fit un signe de la tête à trois des gardes, qui était munis d'une sorte de bélier portable, à la fois assez léger pour être porté par quelques hommes et suffisamment puissant pour enfoncer une porte en bois ou une grille. Ils enfoncèrent une fois, deux fois, trois fois la porte avant que celle-ci ne lâche. Veradun, le capitaine Laeg et les autres miliciens s'engouffrèrent dans la splendide demeure, l'arme au poing.
Elle était vide. Un silence sépulcral régnait dans le hall. Là où l'inquisiteur s'attendait à voir des spadassins et autres criminels prêts à les recevoir, il n'avait que de la poussière qui virevoltait dans l'air.


- Fouillez la maison. Retournez-moi chaque once de meuble, chaque lame de parquet. Et ne mettez pas de gants ; si nous devons raser cette bâtisse jusqu'au sol pour mettre la main sur ce criminel, nous le ferons.

Immédiatement les gardes se dispersèrent vers les pièces de la demeure, toujours aux aguets d'un possible piège tendu ou d'une embuscade. Veradun et le capitaine montèrent eux les escaliers quatre par quatre vers l'étage où devait se trouver le bureau et la chambre de Morbrand.
Au final, et au grand étonnement de Veradun, la traque ne fut pas bien longue : Morbrand ne s'était ni enfuit, ni n'avait attendu l'Inquisition avec des hommes d'arme. Ils retrouvèrent l'ancien inquisiteur dans son bureau, jetant des piles de papiers divers dans la cheminée. Ainsi il essayait de faire disparaître les preuves de sa forfaiture avant qu'il ne soit trop tard. Une question se posait cependant : pourquoi maintenant ? Avait-il eu vent que l'Inquisition préparait son arrestation ? Il résoudrait cette question plus tard.
Alors que Morbrand s'apprêtait à jeter une pile de papiers dans le feu, indifférent à l'arrivée des deux hommes armés jusqu'aux dents, Veradun rengaina son arme, traversa le pièce en deux grandes enjambées, attrapa son prédécesseur par les épaules, le fit pivoter face à lui et lui décocha une gifle dont la puissance lui fit cracher du sang et quelques dents.


- J'ai commis une erreur en te laissant libre sale chien galeux, j'aurais du te faire enfermer dès le début. Et je vais rectifier cette erreur.

L'ancien inquisiteur tenta de parler, et sur sa bouche déformée par le choc se dessina un sourire d'une grande mesquinerie, un regard bouffi d'arrogance brilla dans ses yeux, convaincu qu'il finirait par l'emporter.

- Et que comptez-vous faire maintenant ? M'exécuter ? J'en doute : tout ce que la ville compte de notables mange dans ma main. Tuez-moi et votre séjour ici deviendra cauchemardesque. Même mort, je ferais en sorte que votre service dans l'Inquisition soit une torture pour vous.

Veradun leva sa main pour frapper une seconde fois la créature grasse qu'il dominait de toute sa taille, mais il se ravisa. Morbrand parlerait et avouerait, mais pas ici et pas maintenant.

- Capitaine, passez les fers à cette créature du Mal. Nous allons le conduire jusqu'aux geôles de la cité, et là je le ferais parler. Ne le ménagez pas. Si il parle ou si il tente de se débattre pendant le trajet, calmez-le de la façon qu'il vous siéra

Sans un mot, le regard froid et impassible, le capitaine Laeg passa deux lourds cercles de fer reliés par une chaîne massive aux poignets à Morbrand et le releva sans ménagement. Deux gardes le soulevèrent par les épaules et le traînèrent en dehors du bureau. Ne restaient dans la pièce que l'Inquisiteur et leur capitaine.

- Je veux que personne ne rentre ou ne sorte de cette maison sans mon autorisation. Postez autant de gardes que nécessaire à chaque issue, et d'autres qui patrouilleront autour. Si quiconque s'approche de la demeure ou tente d'y pénétrer, ne prenez pas la peine de l'arrêter : abattez-le sans sommation.

- Compris Votre Honneur. Je dois vous avouer que j'aurais préféré plus d'action.

- Plus d'action aurait pu nuire au reste de l'enquête. Mais d'un côté vous n'avez pas tort : cela nous aurait donné la preuve indiscutable de sa complicité, car un innocent ne résiste pas.

- Souhaitez-vous rester ici pour fouiller la maison ?

- Non, je vais vous accompagner à la caserne. Je préfère commencer son interrogatoire sans perdre de temps.

Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant.
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Veradun Caddeus

le Mirion 2 Dilannel du 1561ème cycle à 14h16

[Bien des jours après]

- Repens-toi ! Repens-toi !

Les paroles de l'Inquisiteur résonnaient contre contre les murs austères de la cellule caverneuse, comme si une armée entière interrogeait Galen Morbrand. Mais ce dernier ne disait toujours rien.

Veradun parcourait la pièce au sol de pierre qui s'étendait devant son prédécesseur enchaîné. La lumière blafarde des torches se réfléchit un instant sur la surface noire et polie de son armure, tandis qu'il faisait rouler nerveusement la chevalière inquisitoriale dans le creux de sa paume. Il s'arrêta finalement devant le prisonnier et se tourna pour lui faire face, Ses yeux noirs et froids brillaient au fond de son visage.


- Repens-toi ! siffla-t-il.

Morbrand ferma ses paupières, cherchant à éviter le regard perçant de son tortionnaire.

- Repens-toi, et ta mort sera rapide et moins douloureuse, dit Veradun d'une voix calme. Continue à refuser d'admettre tes fautes et tu périras dans une souffrance que même tes pires cauchemars ne t'ont fait qu'entrevoir. La sauvagerie bestiale des Deux Fois Nés n'est rien comparée au courroux du Très Haut !

Galen Morbrand ouvrit des yeux injectés de sang et contempla sa prison. Les parois glaciales de sa cellule ne lui furent d'aucun encouragement. A nouveau, la silhouette massive de l'Inquisiteur se pencha sur lui. Le goutte-à-goutte permanent qui résonnait dans les coursives humides emplissait les oreilles du captif. Il referma les yeux, essayant de chasser ce son infernal de son esprit. Peu à peu, le bruit des gouttes se transforma en bourdonnement, le bourdonnement en martèlement, jusqu'à ce que les battements de son propre cœur se mettent à tonner dans sa tête comme des coups de bélier.

Les ombres ondulaient dans les ténèbres de la pièce, et la plus sombre d'entre elles se rapprocha encore un peu plus.


- Qui est ton seigneur ? demanda l'Inquisiteur.

- Je n'ai plus ni seigneur, ni maître.

- Le Très Haut est ton seigneur !

- Keldar nous a abandonné, que son âme soit maudite, souffla le prisonnier, à la limite de l'épuisement. Il nous a trahis !

- Le Juste est notre sauveur ! rugit l'Inquisiteur. C'est à lui que nous devons tout : notre puissance, notre salut, l'essence même de nos êtres ! Et tu oses dire que tu n'as pas de seigneur ! cracha Veradun, d'un ton où suintait un mépris abyssal.

Le prisonnier ne savait plus depuis combien de temps il était enfermé ici, ni depuis combien de jours il subissait cet interrogatoire. Tout ce qu'il désirait à présent, c'était être soustrait aux questions et aux tortures incessantes de l'Inquisiteur. Entravé par ses menottes en acier, il ne pouvait que détourner la tête de son tourmenteur.

Regagnant le contrôle de lui-même, l'Inquisiteur reprit d'une voix sans timbre, comme s'il récitait des mots qu'il avait déjà prononcés un nombre incalculable de fois :


- Comme tu refuses d'admettre tes erreurs et les crimes que tu as commis, et que tu tournes le dos au pardon de tes péchés, je me vois contraint de te faire repentir à ton corps défendant...

C'est à cet instant que le pauvre homme remarqua l'instrument que l'Inquisiteur tenait dans son autre main. Ses nombreuses petites lames acérées et chauffées à blanc brillaient d'une lueur rougeâtre dans la faible lumière de la cellule.


- Il est de mon devoir sacré de sauver ton âme des ténèbres, psalmodia Veradun, et c'est ce que je ferai, même si ce salut doit te coûter la vie.
Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant.
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Veradun Caddeus

le Joriol 17 Dilannel du 1561ème cycle à 14h08

La porte de la cellule s'ouvrit dans un grincement douloureux. L'ombre de l'Inquisiteur se détacha dans l'encadrement, et le prisonnier compris qu'une nouvelle séance d'interrogatoire allait débuter. Il avait perdu le compte des longues sessions de questions, et n'avait plus aucune idée du temps passé là, dans ce cachot pourri par l'humidité et gelé. Il n'avait qu'une envie : en terminer avec tout ceci.

Il arriva péniblement à articuler quelques mots de ses lèvres desséchées et gercées.


- Ainsi... vous revenez aujourd'hui tourmenter le pauvre homme que je suis. Qu'y a-t-il que je ne vous ai pas avoué ? Je vous supplie, dites-moi !

L'Inquisiteur pris un tabouret et vint s'asseoir près de son prisonnier.

- Aujourd'hui, Galen Morbrand, est ton jour de chance.

L'homme roula des yeux. L'Élue de Keldar avait-elle appris ce qu'il était devenu ? Avait-elle intercédé en sa faveur ? Son tourmenteur était-il en disgrâce auprès de la Balance ? Il n'en croyait pas ses yeux, il allait être libéré, enfin ! Même si il ne retrouverait probablement pas sa place d'antan, il allait de nouveau pouvoir goûter aux plaisirs simples de la vie.

Veradun fit un signe en direction de la porte. Deux hommes, vêtus de noirs et encapuchonnés rentrèrent dans la cellule et détachèrent le prisonnier pour le relever. Ce dernier tourna la tête vers celle de l'Inquisiteur, un sourire narquois se dessinant péniblement sur son visage. Sourire que lui renvoya Veradun avant de poursuivre :


- Aujourd'hui, Galen Morbrand, est le jour où tu vas te présenter devant Le Très Haut pour subir Son jugement.

Le rictus que l'homme arborait s'évanouit soudainement, et il se mit à trembler de tout son corps.

- Non, non, ce n'est pas... noooooooooooon !

L'Inquisiteur leva sa main, comme si il intimait l'ordre de se taire.

- Emmenez-le jusqu'à la place de la ville. Qu'on en finisse avec cette histoire.
Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant.
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Veradun Caddeus

le Valkin 18 Dilannel du 1561ème cycle à 15h29

Les deux gardes inquisitoriaux traînaient le pauvre homme à travers les rues de Montargent, suivis de près par l'Inquisiteur. Il n'était pas difficile de les suivre, à l'odeur d'urine laissée par le prisonnier dans son sillage.

La place principale de la cité était noire de monde. Il était devenu rare, voire même impossible, de voir une condamnation à mort publique ces derniers temps. Mais Veradun avait décrété qu'il fallait marquer le retour de Sa Justice dans une ville qui ne l'avait plus vu depuis bien trop longtemps.
Au centre de la place, devant les portes de la basilique, avait été construit une estrade, dotée d'une seule chaise et d'un bureau simple. Les gardes poussèrent Galen Morbrand au pied de la tribune, pendant que l'Inquisiteur montait les marches et allait s'installer à la place qui lui avait été prévue. De là, il embrassa du regard la foule amassée devant lui. Petit à petit, le vacarme qui recouvrait la place se transforma en murmure, et le murmure en silence. Lorsque le seul bruit que l'on pu entendre fut celui du vent, Veradun pris la parole d'une voix forte et sévère, ne souffrant d'aucune interruption :


- Citoyens de Montargent, Fils du Juste. Depuis bien trop longtemps vous avez vécu dans les ténèbres, subissant l'incurie d'une pseudo-justice dévoyée, corrompue et tyrannique. Cette parodie était incarnée par un homme, un seul, qui est devant vous. Accusé Morbrand, retournez-vous afin que le peuple que vous avez fait souffrir puisse vous voir une dernière fois.

Le prisonnier n'eut pas le temps de se retourner lui-même ; les Gardes Inquisitoriaux le saisirent sans ménagement et le retournèrent de force vers les habitants. Tous purent admirer ce petit homme grassouillet pleurant à chaudes larmes et dont les chausses puaient la pisse. Quelle chute pour celui qui régnait sur l'Inquisition de Montargent avec une arrogance indigne du Très Haut. Quelques courageux osèrent braver le silence imposé par l'Inquisiteur pour lancer insultes et menaces à l'encontre de l'accusé, avant que Veradun ne lève la main pour réinstaurer le calme. Les deux gardes firent pivoter Galen vers l'Inquisiteur, pour que le procès puisse reprendre son cours, et ce dernier égraina d'une voix impérieuse la liste des crimes commis par son prédecesseur.

- Galen Morbrand, vous êtes ici pour répondre de vos crimes envers Keldar. Vous êtes accusé de corruption, de trahison envers l'Élue et le Saint Royaume, de complicité de sorcellerie, de complicité d'apostasie et, crime suprême, de complicité d'hérésie. La sentence que vous encourrez pour tous ces crimes est la mort. Qu'avez vous à dire pour votre défense ?

- Je nie tout cela ! Je n'ai rien commis, aucun de ces crimes ! Vous êtes le corrompu, vous êtes l'hér...


Morbrand n'eut pas le temps de finir sa phrase car un des Gardes le gifla violemment, le faisant tomber à genou. L'Inquisiteur toisa celui qui avait osé l'insulter en public.

- A tous ces crimes, accusé Morbrand, vous ajoutez le parjure. Je vous rappelle que vous m'avez personnellement avoué tous vos méfaits un par un, avec force détails, et voilà que vous avez le culot de vous rétracter. Gardes, relevez-le.

Sans douceur, l'homme fut redressé et maintenu debout.

- Galen Morbrand, au nom de Sa Justice et de Sa Sainte Inquisition, vous êtes considéré coupable de tous les crimes dont vous avez été accusé. Il n'y a aucun pardon possible pour vos actions abjectes Je vous condamne à la mort par le bûcher, car tel est le sort de ceux qui rejettent Keldar. Vous subirez Son jugement dans l'Au-Delà.

Au même instant, la foule compacte se fendit en deux, laissant apparaître une colonne d'hommes tous vêtus de noir, le crâne rasé. Les premiers portaient un poteau en bois, les autres conduisaient des charrettes pleines de meubles de luxe, de tentures exquises et de tableaux d'une valeur inestimable. La colonne se dirigea jusque devant l'estrade, où les hommes de l'Inquisition déchargèrent les objets contenus dans les charrettes, puis plantèrent au milieu du tas le poteau. Une planche en bois fut posée dessus, pour accéder à ce dernier.

- Habitants de la ville, admirez ces objets. Ils sont le fruit d'une vie de corruption, de vanité. Le fruit d'une fortune amassée sur votre dos, ou obtenue grâce aux généreux pots-de-vins versés pour obtenir la clémence d'un homme qui se croyait roi.

D'un hochement discret de la tête, l'Inquisiteur fit signe à ses hommes de conduire Galen Morbrand jusqu'au poteau. Le prisonnier se cambra sur ses pieds, jetant son regard embué dans les yeux de son juge. Il avait perdu la verve et le sursaut de courage qu'il avait eu quelques instants plus tôt quand il avait nié ses crimes.

- On peut trouver une entente Inquisiteur ! Je possède des informations précieuses, que vous ne trouverez nulle part ! Donnez moi cette chance, et je vous livrerai tout, absolument tout ! Mais je vous en supplie, épargnez-moi ! Je n'ai pas le courage de mourir !

Le calme plat régna quelques secondes, la population attendant de voir si l'Inquisiteur allait accorder ou non son pardon. Ses yeux de braise affrontaient ceux pleins de larmes du condamné. De dépit, et de dégoût devant une telle lâcheté, Veradun fit un "non" silencieux de la tête, et montra du doigt le bûcher.

- Emmenez-le et attachez-le.

L'Inquisiteur quitta l'estrade pour s'approcher du bûcher où Morbrand était solidement attaché. De l'huile avait été versée sur les meubles, tapisseries et tableaux qui allaient servir de combustible. Un des Gardes tendit une torche à Veradun.

- Fils du Juste. Cette mort marque le retour de Sa Justice dans la ville. Une justice sévère, implacable, impitoyable mais une justice équitable. Que les purs et les vertueux en soient témoins et se réjouissent. Et que ceux qui sont infidèles et se complaisent dans l'immoralité et l'hérésie craignent Son courroux.

L'Inquisiteur s'approcha du bûcher et jeta la torche sur les meubles. L'huile s'embrasa et très vite les flammes léchèrent l'homme, ses cris d'agonie se mêlant à l'odeur de la chair grillée. En quelques minutes, il ne restait plus rien de celui qui avait régné sur l'Inquisition de Montargent et de la fortune qu'il avait injustement acquis. La foule était fascinée par ce spectacle et ne quitta la place, sans un bruit, que lorsque les dernières braises s'éteignirent. Les cendres furent tout juste froides que les hommes qui avaient monté le bûcher s'empressèrent de nettoyer les traces de l'exécution.

Au même moment, le piom de Veradun s'approcha de lui et lui tendit une missive. Il déchira le sceau et parcouru le message qui lui était adressé, message qu'il attendait. Il se retourna alors vers ses deux hommes de main :


- Préparez-vous puis attendez-moi à la porte sud de la ville. Je vous rejoindrai d'ici une heure. Nous partons pour la frontière.
Brûlez l'hérétique. Tuez le sorcier. Purgez le déviant.

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