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IDEO : Les Domaines Oubliés

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Tabatha - Chapitre 2 - Embuscade

Sur les routes de l'Empire
Les contrées d'Ideo : Parcourez les contrées d'Ideo, découvrez et contez ce qu'il se passe aux quatres coins de ces domaines oubliés...

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Information détaillées
Tabatha Defrancie
Kohrienne
Empire de Kohr

le Mirion 16 Logalios du 1562ème cycle à 10h59



Campement


Tabatha caressa la joue chaude de l'Allutrus. Abra Cadabra lui sourit et grimpa sur un petit rocher pour s'y assoir. La piomelle bailla longuement et s'étira en quelques gestes lents.

Abra Cadabra dit :
J'suis morte...


Le Sénéchal de Lamedor avait répondu à sa demande. C'était un début. Tabatha venait de terminer sa missive. Le Sénéchal désirait en savoir un peu plus sur ses aptitudes. Tabatha, sans s'épancher, l'avait renseigné. Maintenant, il suffisait d'attendre...

Tabatha s'était arrêtée aux pieds d'une petite muraille en ruines. Certainement un ancien fortin.
Une tourelle encore en état et de hauts murs de pierre jaune effondrés. Trop fatiguée pour partir en reconnaissance, la jeune femme avait installé son campement au pied des vestiges des fortifications. Dorénavant, elle voyagerait.
Et les chemins de l'Empire, étaient parfois dangereux.
Pour ce soir, elle se décida à ne pas verser dans un excès de prudence. La route proche de sa halte, restait fréquentée les nuits. Elle n'était pas très loin de Dominia. La nuit tomberait vite et elle reprendrait son voyage aux premières lueurs de l'aube. Tabatha estima qu'elle n'avait pas à s'inquiéter pour sa sécurité.

Ambre hennit et la jeune femme jeta aussitôt un regard alentour. Elle plissa les yeux, cherchant à percer l'obscurité.

Montrez-vous !

Des bruits furtifs venants de derrière le mur, situé à une dizaine de pas du bivouac, avaient alertés la jument. Tabatha avait parlé à voix haute, sans toutefois crier ou montrer son inquiétude. Un animal aurait été plus discret. Quelqu'un se cachait ou l'espionnait. Il ne restait qu'à savoir qui.

Tabatha bougea et se redressa face à la muraille. La main sur la garde de son épée courte, elle se contraint au calme et affermit son ton.

Je ne le répèterai pas ! Montrez-vous !

Un glapissement aigu d’Abra Cadabra et un nouvel hennissement de la jument la firent se crisper. La jeune femme hésita à détourner son attention de ce qu’elle prenait maintenant pour un éventuel danger. Un bruit de pas précipité dans son dos et Tabatha s’effondra en avant sous le coup. Sa tête bourdonnait et elle se releva en chancelant.
Face à son agresseur, elle dégaina sa lame. Son feu de camp suffisait à éclaicir l'alentour. L’homme était puissamment bâti, et il sembla à Tabatha, qu'il affichait un rictus mauvais. Encore, elle fut frappée, cette fois encore par derrière et elle songea que deux personnes au moins, s'en prenaient à elle. Un piège. Une embuscade organisée. Tabatha s’affala sur l’herbe avec un gémissement rauque. Incapable de penser, la jeune femme sentait la panique la gagner.
Elle n’avait pas été prudente. Elle allait mourir par pure bêtise. Comment n’avait-elle pas vu venir le danger ?
Elle leva son bras armé vers l’homme qui lui faisait face et reçu un nouveau coup par l’arrière. Son crâne n’était que douleur. Cette fois, elle cria et ses yeux s’embuèrent de larmes. Celui qu’elle n’avait pas encore vu lui tordit brutalement le bras et Tabatha résista tant qu’elle le put. L’autre accentua la pression et Tabatha songea que son épaule allait se disloquer.

Une idée brumeuse se fraya un chemin dans son esprit en lambeaux. Si on voulait la tuer, cela devrait déjà être fait.
Un espoir bien mince certes mais une once d’espérance néanmoins. Tabatha abandonna la lutte et son adversaire se contenta de la tenir fermement. Tabatha se laissa faire quand celui qu’elle n’avait même pas aperçu la retourna contre la grande pierre, effondrée aux pieds des vestiges de muraille.
Du coin de l’œil, elle vit le colosse qui l’avait le premier frapper, reculer vers son feu de camp. Tabatha, avait mal au crâne et sa vision était troublée. Elle distinguait à peine celui qui la maintenait contre le roc. Dans le même temps, elle sentit une main pousser sur le haut de sa poitrine, la collant contre la pierraille, tandis que quelque chose de froid et dur se posait sur son ventre.

Tu ne bouges pas !

Une voix de femme. La main quitta le haut de son corps et agrippa la gorge de Tabatha sans toutefois l’étrangler.

Or, argent, bijoux… Je prends tout. J’ai des questions. Tu y réponds et si tes réponses me conviennent, notre affaire sera close.

Tabatha ne répondit pas. La douleur qui ravageait son crâne était lancinante.
L’ironie de sa situation lui apparut clairement. La veille au matin, elle demandait un poste de traqueur. Ce soir, elle se faisait agresser et détrousser. Heureusement que le Sénéchal n’avait pas encore donné de réponse définitive.

Soit tu es sourde ma jolie… Soit tu es idiote. Hâte-toi de me répondre je ne suis pas très patiente. Et tant que tu y es, je veux savoir qui tu es et ce que tu fais par ici.

Sans enlever son épée du ventre de Tabatha, la femme lui ordonna de mettre ses mains dans son dos. Puis, de sa main libre, elle les lui lia à l’aide d’une cordelette. Elle avait agi avec une certaine dextérité. Tabatha avaient les mains entravées de belle façon. Ses poignets sentaient la morsure de la corde. L’homme qui s’était jeté sur Tabatha en premier lieu poussa un ricanement rauque.

J’suis sûr que son canasson vaut une p’tite fortune. On est riche chef !

La femme se contenta d’un soupir agacé.

- T’occupe pas du cheval ! File rejoindre les autres au camp. Je fais mon affaire de cette péronnelle. Elle n’est pas bien dégourdie. Je vous rejoindrais au matin.
- Tu vas pas rester là ?
- Si ! Cette gourdasse est sur le point de tourner de l’œil. Je vais lui faire cracher le morceau ici. C’est plus simple…Contente-toi de m’obéir !


L’homme grommela quelque chose et se détourna vers la route.

C'est toi l'chef...


Nuit


-- Dis-moi juste ton nom, ça ne t’engage à rien. Moi c’est Alyss. Alyss Timora.
— Tabatha…
— Tabatha quoi ? Je t’ai donné mon nom complet. Tu as honte de ton patronyme ?

Tabatha avait mal au crâne. Si elle éprouvait de la honte, ce n’était certainement pas à cause de son patronyme. Elle avait honte de s’être comportée comme une inconsciente et de s’être laissé piéger comme une idiote.

— Defrancie…
— Il fera vite jour… Essaie de dormir Tabatha Defrancie.

Tout en parlant, la femme avait entravé les chevilles de Tabatha d’une cordelette plus épaisse que celle qui ligotait déjà ses mains. Puis elle avait allongée la jeune femme au pied du rocher, contre lequel elle l’avait maintenu. Tabatha la regarda s’éloigner et entendit Ambre broncher. Si cette Alyss tentait de monter la jument, elle risquait fort d’être surprise. Et Tabatha savourerait l’instant.
Ce qui ne la sortirait pas d’affaire pour autant. Pour cela, il aurait fallu une chance diabolique. Ambre ne tolérait que Tabatha sur son dos. Cette garce de voleuse le découvrirait trop tard si elle tentait de monter la jument. Que la femme chute était certain. Mais cette chute devrait être assez rude, pour la laisser sans connaissance ou incapable de bouger. Là oui, Tabatha aurait du temps pour se libérer.
La femme parlait à la jument et Tabatha comprit qu’elle lui passait une longe à l’encolure. Elle ne désirait pas qu’Ambre ne leur fausse compagnie et prenait ses précautions. La jument n’aurait jamais bougé mais la femme ne pouvait pas le savoir. Tabatha entendit sa monture suivre la voleuse jusqu’au vieil hêtre au tronc noueux, distant de quelques dix pas du feu de camp. Alyss Timora parlait à Ambre sans que Tabatha ne puisse comprendre un mot de ce qu’elle disait. Certainement, la femme rassurait la bête, pour éviter que l’animal ne s’effraie.

Puis, sa ravisseuse revint vers le feu.
Tabatha maintenant, pouvait voir à quoi ressemblait cette Alyss, sans toutefois, pouvoir distinguer ses traits. La femme paraissait grande. Peut-être aussi grande qu’elle-même. Corps mince mais Tabatha le savait, la détrousseuse était très forte. Cheveux longs et clairs.

Après s’être installée sur la couverture étalée à même le sol, la voleuse avait ouvert le grand sac de voyage de Tabatha. Un long moment, elle avait inspecté son contenu en silence. Puis, elle avait fouillé méthodiquement les fontes de sa selle. Allongée sur le dos, mains derrière la nuque, la voleuse poussa un profond soupir.

— Tu ne sembles pas bien riche Tabatha Defrancie… Bonne nuit.


Petit matin


Tabatha, courbaturée et fatiguée, regardait la femme préparer un bouillon de viande tandis qu’elle lui parlait.

— Nous avalerons de quoi nous donner quelques forces et nous discuterons en mangeant. Evidemment… Si quelqu’un passe sur la route… Si tu cries ou si tu demandes de l’aide…


Alyss désigna une arbalète de bois noir, vernis et richement décoré, d’une main couverte de bagues.

— Il y aura du sang. Du sang et des cadavres. Ensuite, je te tuerai toi. Tu ne voudrais pas avoir la mort d’un innocent sur les bras, Tabatha Defrancie ? Je l’espère... Comme je souhaite que tu sois assez intelligente pour que tout finisse bien. L’es-tu ?
— Je me tiendrai tranquille… Tu l’as dit toi-même, je ne suis pas riche et tu as pris le peu que j’avais. Que veux-tu de plus de moi ?

La femme eut un petit rire. Elle avait une voix grave et un peu voilée.

— Je ne t’ai rien pris. La nuit est souvent dispensatrice de conseils ou de sages décisions, pour ceux qui aiment réfléchir avant de sombrer dans les songes, en tout cas. C’est prêt ! Du pain avec tes saucisses ?

L’odeur du breuvage qui flottait dans l’air frais était agréable. Tout comme l’odeur des saucisses qui grillaient sur le feu. La femme porta un regard sur Ambre.

— Oscar a raison, ta jument est superbe et doit valoir une jolie somme. Pourtant, je ne te la prendrai pas non plus.
— Alors par Délémia, que veux-tu de moi ? Dit le ou libère-moi que nous en finissions…

Un nouveau rire de la femme coupa la parole à une Tabatha quelque peu perdue. Alyss Timora, toujours souriante, déposa un tranchoir garni de saucisses fumantes et d’un lourd morceau de pain, sur la couverture qu’elle avait apporté jusqu’à Tabatha.

— Vois-tu ma jolie, hier j’étais prête à te détrousser. Et puis j’ai changé d’avis. Et j’ai réfléchis. Je te libérerai bien séance tenante mais j’ai bien peur que tu me cherches querelle. Tu tiens certainement à te venger non ?
— Pas si tu me libères. Je pourrai vivre avec mes erreurs et ma honte de m’être laissée piéger.
— Tu n’as pas à avoir honte. Mon piège était très bien monté et nous étions deux. Et puis… Il serait dommage que tu t’en prennes à moi une fois libre. Sais-tu pourquoi ?

Tabatha, nerveuse et agacée, sentait pourtant que sa situation avait évolué. Elle ne comprenait rien et ne cherchait plus qu’à se sortir indemne de ce mauvais pas.

— Tu vas me le dire…
— Evidemment… D’abord je vais te débarrasser de tes liens, je vais te laisser libre de te soulager… Tu dois avoir la vessie pleine non ? Et enfin… Nous mangerons et je te raconterai une histoire. Une tranche de ma vie. Une période où j’ai bien connu… Ta mère !


Alyss Timora


Tabatha, pantalons de cuir souple baissés sur les chevilles, s’était soulagée à quelques pas de celle qui l’avait capturée. La voleuse ne la regardait pas et se contentait de tenter de la convaincre.

— Tu n’as pas dormi, tu es épuisée et tu dois avoir un drôle de mal de tête. Ton épaule te fait certainement souffrir et tu n’aurais aucune chance dans un combat contre moi. D’autant que j’ai ton épée et que moi, je serai armée.

La femme lui jeta un regard alors qu’elle se rajustait. Cette drôle de garce se donnait du mal pour rien. Tabatha ne tenterait rien, trop curieuse et impatiente de l’entendre lui parler de sa mère.

— Les saucisses refroidissent. Arrive Tabatha Defrancie !


De longs cheveux blonds aux mèches rebelles, de grands yeux dorés, un nez fort et droit et une bouche aux lèvres pleines. Alyss Timora était très belle. De plus, ses sourires et ses regards apportaient un charme certain à cette curieuse femme. Tabatha debout, l’observait sans la moindre gêne. Malgré l’air piquant du petit matin, Alyss portait une ample chemise blanche sans manches, qui laissaient ses épaules nues et découvrait plus que généreusement ses seins lourds. Elle était moulée dans un pantalon de tissu également blanc et portait de hautes bottes de cuir.

La femme sourit sans un mot. Elle s’enroula dans sa longue cape noire comme une nuit sans lune.

— Me diras-tu enfin ce que tu veux ?
— Et te parler de ta mère… Oui. Bien sûr. Je te laissais simplement me dévorer des yeux. Je te donne faim Tabatha Defrancie ?

Tabatha sentit ses joues s’empourprer.

— Et tu me plais beaucoup toi aussi… Tu donnes envies ma belle. Tu es à croquer.
— Qu’est-ce que tu racontes ! Tu ne me plais pas ! J’ai fais la promesse de ne pas te faire de mal. Ne me pousse pas à la rompre et à te tuer.
— Tu n’as jamais tué personne ma jolie. C’est une évidence. Et je te fais envie, c’est une autre évidence. Même si ce serait certainement une première fois pour toi. Avec une femme s’entend. Quoique… Peut-être que tu n'as jamais gouté au plaisir ? Avec une femme comme avec un homme. Serais-tu vierge Tabatha Defrancie ?

Tabatha, resta immobile, les yeux fixés sur la blonde qui se releva lentement. Alyss afficha l’un de ses désarmants sourires.

— Je connais la nature humaine. L’expérience fait que… Pourquoi passer son temps à mentir ou à camoufler les choses. Franchise est simplicité ma belle. J’ai envie de toi. Je sais que je te plais. Et alors ? Pourquoi ne pas le dire ? La vie est bien plus facile quand on assume ses actes et ses désirs.

Alyss s’était approchée et faisait face à celle qu’elle avait capturée avant de lui rendre sa liberté. Tabatha accusa une certaine satisfaction. Elle était très légèrement plus grande que la voleuse. Un sentiment un brin idiot mais étrangement, rassérénant.
Plongée dans ses pensées, Tabatha ne réagit pas quand la blonde approcha son visage du sien. Elle poussa un petit cri de surprise, étouffé par les lèvres d’Alyss quand cette dernière l’embrassa à pleine bouche, sa langue cherchant à pénétrer la barrière de ses dents pour un véritable baiser.
La main de Tabatha rata sa cible. Elle avait cherché à agripper l’épaule de la voleuse sans succès. Alyss s’était reculée dans un mouvement autant vif que souple.

— Ne recommence jamais !

Alyss Timora était déjà assise sur la couverture, pieds croisés devant elle.

— Nous verrons cela… Je ne te forcerai à rien ma belle. Tout comme je n’ai pas forcé ta mère.

Tabatha sentit une bouffée de haine pâlir ses joues.

— Tu es folle ! Une folle et une menteuse. Ne me pousse pas à un combat que tu n’es pas sûre de gagner.


De la pointe de son couteau de la chasse, la blonde piqua dans la viande.

— Juteuse… Je meurs de faim ! Assieds-toi Tabatha Defrancie. Ecoute mon histoire et tu jugeras de la véracité de mes dires. Peut-être que te balancer tout à trac que ta mère et moi avons batifolé un moment, n’était pas… Très délicat. Accepte mes excuses. C’est pourtant vrai… Mange donc !

Tabatha toute à sa colère et à sa confusion, était restée comme statufiée. Elle se décida d’un coup, repoussant sa hargne pour étancher sa curiosité. Elle adopta la même posture que sa compagne forcée et s’assied en tailleur. Son estomac gargouilla et elle se contint pour ne pas s’emparer hâtivement de ces appétissantes saucisses.

— J’ai toujours du me débrouiller seule… Gamine, je déliais déjà les bourses des bourgeois. J’ai vécu de rapines et de malversations diverses. Je me débrouillai très bien. A vingt-cinq ans, j’étais assez riche pour m’acheter une jolie maison. Une petite bâtisse sans prétention mais coquette et isolée. Je la possède toujours. Non loin de Sardân. Un jour, l’un de mes associés a décidé de me trahir. Il avait monté un joli dossier et il a prévenu la justice sur notre bon vieux livre. Oui… Je suis une porteuse de livre. Comme quoi les dieux ou je ne sais qui, ont leurs propres raisons. Et leurs propres formes de morales. Bref… J’ai dû quitter Delnam avec la justice collée aux fesses. La justice… En l’occurrence un jeune tribun impérial de vingt-cinq ans. Un tribun de l’Arcane blanche, nommée Aliénor Defrancie.

Tabatha mordit dans son morceau de pain, sans avoir avalé sa bouchée de saucisse. Elle aussi, était affamée.

— Ma mère m’a dit qu’elle était milicienne…
— Aliénor a toujours été d’une modestie agaçante. Milicienne puis Garde de l’ordre et Tribun de l’Arcane blanche… Elle aurait pu monter plus haut. Bref… J’avais ta mère aux trousses et sa réputation ne me laissait pas le choix. Quitter l’Empire et vite.
— Elle t’a retrouvée… C’est pour cela que tu la connais.


Alyss tendit une saucisse à Tabatha qui se retint de la lui arracher des doigts.

— Disons que je l’ai laissé me retrouver. Un piège du même tonneau que celui que je t’ai tendu. Délémia m’a trahie ! Ta mère s’est débarrassée de mes deux compères avant que je ne puisse l’apercevoir. Deux flèches. Deux épaules foutues. Nous avons combattu elle et moi. Je n’étais pas très douée à l’époque. Je me suis rendue avec son épée sous le menton. Avoir la Defrancie aux fesses c’était la pire des poisses. C’est ce qui se disait à l’époque.
— Ensuite…
— Et bien ensuite… Et heureusement pour moi… La Defrancie a trouvé mon cul à son goût.

Alyss rit de bon cœur, ses immenses yeux dorés plantés dans ceux de Tabatha.

— Oh par Délémia ! Ne fais pas cette tête !

Tabatha n’avait pas le cœur à rire.
Cette garce ne mentait pas. Découvrir que sa propre mère avait couché avec une femme la choquait.

Tabatha se savait elle-même quelque peu attirée par la féminité. Elle ne se confierait jamais à cette voleuse mais Alyss Timora avait vu juste. Tabatha était toujours vierge. Et ce justement parce qu’elle se sentait attirée par les femmes. Sans jamais y avoir véritablement pensé, la jeune femme se sentait un peu perdue.

Dans ses seize ans, elle avait échangé quelques baisers avec un jeune paysan. Rien de très sensuel. A dix-huit ans, elle rencontrait Sofie. Sofie était âgée de vingt et un cycles et était la fille d’une amie de sa mère. Elles s’étaient vues trois fois. Elles avaient passées chacune des nuits ensembles.
Ne dormant pas ou peu, elles parlaient, se confiaient et s’étaient avouées leurs mutuelles attirances. Ces nuits étaient autant étranges que très émouvantes.
Très excitantes aussi. Les deux jeunes femmes s’étaient beaucoup embrassées. De petits baisers au départ. Une sorte de défi. C’était à celle qui oserait commencer.

Puis il y eu de vrais baisers. Puis des baisers passionnés qui les portaient aux portes du plaisir.
Il y avait eu des caresses. Des joues caressées, des épaules cajolées, des seins effleurés, des fesses lentement explorées par des doigts impatients et malhabiles… Tabatha se souvenait de leurs respirations oppressées et de leurs soupirs désordonnés qui démontraient le plaisir qu’elles éprouvaient toutes deux.
Ces tendres caresses, ces délicieux attouchements leurs apportèrent bien du plaisir. Pourtant, aucune des deux n’avait osé aller plus loin.

Sofie, embrassant Tabatha avant de la quitter lui avait promis qu’à sa visite prochaine, elle s’offrirait à elle. Elle oserait. Elle ferait le premier pas. Puis elle avait baissé ses jolis yeux lavande avant de murmurer.

— Si tu veux de moi bien sûr…

Tabatha avait baisé une joue chaude et lui avait soufflé à l’oreille.

— Je n’attendais que ça… Je serai moi aussi toute à toi. Reviens-moi vite…

Apprendre que sa mère avait aimé les femmes, perturbait néanmoins Tabatha.

— Ma mère couchant avec tous les jupons qu’elle croisait et qui aurait trahi la justice pour tes fesses ? Tu mens !

Alyss s’essuya les lèvres du dos de sa main. Elle ravala son charmant sourire.

— Qui a dit qu’elle baisait avec tout ce qui portait jupons ? C’est toi qui le dis. Moi je dis qu’Aliénor a couché avec moi ! Quant à trahir ce n’était pas le genre ? Je n’ai pas dit ça non plus…


Une histoire


Alyss Timora parlait et Tabatha l’écoutait. Sa faim était apaisée, ses douleurs étaient supportables et sa fatigue d‘une nuit blanche s’était envolée.
Alyss Timora avait le même âge qu’Aliénor Defrancie. Au jour près. Elle avait été très jolie.
A trente sept cycles, elle était belle. Une femme belle, cultivée, intelligente et maîtresse dans l’art de l’épée et de l’arbalète.

— La modestie ne t’étouffe pas…
— Disons que la franchise et la sincérité sont mes qualités premières. Tu t’apercevras que je ne me vante jamais. C’est une perte de temps et d’énergie.

Alyss était une voleuse accomplie devenue femme d’affaires. Affaires légales depuis quelques cycles. Et ce, grâce à l’aide d’Aliénor.

— C’est peut-être avec mon or que ta mère t’a offert cette jument. Ses conseils ne sont pas donnés. Mais son aide est précieuse. Et pour être franche, elle m’aide souvent gracieusement.

Tabatha afficha une moue dépitée et Alyss lui toucha l’épaule et lâcha un léger rire.

— Cesse donc de penser à ta mère comme à une gourgandine. Nous ne baisons pas quand nous sommes en affaires. Enfin… D’accord ! On le fait mais simplement parce que nous nous retrouvons. Gracieusement ne veut pas dire qu’elle se paie en plaisir avec moi. Elle m’aide sans rien attendre en retour.
— Je suis heureuse que ma mère ne soit pas une putain… C’est déjà ça.
— Tu sais… Je ne lui ai jamais demandé mais… Je crois que ta mère a eu peu d’amants. Je n’ose imaginer qu’elle n’en ait jamais eu mais je n’en serai pas surprise. Je crois par contre, être la seule femme avec qui elle a… Fait l’amour.
— Encore aujourd’hui ?
— Notre dernière rencontre date de quelques mois et nous avions dormi ensembles. Je devrais la retrouver dans trois mois. Et il y a de fortes chances que nous finissions au lit. Oui donc… Encore aujourd’hui.
— Avant que tu ne me parles de ma mère… Tu as dit avoir des questions à me poser. Quelles questions ?

Alyss se curait délicatement les dents avec une fine brindille rigide. Elle eut un geste de la main signifiant que ce n’était pas important.

— Je voulais savoir si tu avais un rôle dans mon affaire. Celle qu’on appelle, le relai ne serait pas venue seule et ne se serait montrée qu’après la venue de ces ordures de marchands. Tu n’étais donc pas le relai. Mais tu pouvais être de connivence avec eux. Tu pouvais avoir des informations. Ton nom a tout chamboulé…

Alyss et son acolyte, attendaient le relai. Le relai, d’après ses informations, était une femme. Cette femme travaillait pour deux gros marchands véreux de Dominia. Elle recueillait des informations, distribuait des pots de vins et éliminait les problèmes. Les assassinats étant l’une de ses spécialités. Pour une raison inconnue, le relai n’était pas venu à son rendez-vous. Pas plus que les marchands.
Ces salauds avaient dû avoir vent d’une fuite dans leurs services pourris, et s’étaient méfiés.
Le hasard avait voulu que ce soit Tabatha qui prenne le fortin, comme halte pour la nuit. Le piège était tendu. Alyss s’était dit qu’une cavalière isolée était une proie facile. Peut-être qu’une jolie bourse la rembourserait de cette journée perdue. Puis elle avait vu la jument et s’était décidée à agir. Cette embuscade serait payante.

A la lueur de feu de camp, Alyss découvrit que cette péronnelle lui rappelait quelqu’un. Quand Tabatha avait délivré son nom, Alyss avait jugé bon d’attendre avant de décider du sort de sa proie. Elle ne connaissait aucune autre Defrancie, que sa chère Aliénor. Aliénor ne lui avait jamais parlé de sa famille. Son amie était une femme complexe. Très proche d’Alyss, partageant une amitié réelle et sa couche, elle était parfaitement capable de cacher certaines choses. Cette inconnue pouvait être une parente. Alyss s’était décidée et attendrait le matin…

Le jour levé, Alyss ne doutait plus. Sa captive était le portrait craché d’Aliénor. Cette Tabatha ne pouvait aucunement être la sœur d’Aliénor. Tabatha était trop âgée. La ressemblance physique, certaines expressions de son visage, sa voix même, quand elle y avait fait attention, ne lui laissait aucun doute. Tabatha était la fille d’Aliénor Defrancie.
Une seule phrase avait suffi. Quand Alyss lui avait dit qu’elle lui parlerait de sa mère. Tabatha s’était statufiée.

— Bien… Donc ma mère t’a remis entre les mains de la justice.
Alyss jeta sa brindille dans les braises et sourit.
— Pas du tout. Aliénor est tout aussi avisée que moi. Elle m’a convaincue de remettre une forte somme à la justice. Pour solde de tout compte pour mes erreurs en quelque sorte. Puis, elle m’a demandé de travailler avec elle. Une certaine forme de délinquance était tolérée à l’époque. L’Empire avait ses enfants chéris. Des Ossojir, Carlo, Arno, Gobo, Flint Turpin et d’autres, étaient des membres de la pègre. Une pègre tolérée par l’Empire. Des gens cultivant un certain sens de l’honneur et suivant des règles strictes. Ta mère était proche de certains d’entre eux. J’irai jusqu’à dire que cette pègre entretenait certains liens avec la justice. Ta mère se servait d’eux et ils se servaient d’elle.
— Je ne comprends pas…
— Tu vas comprendre. Ta mère s’est servie de moi pour démanteler un trafic immonde. Un groupe de sans patrie capturait de jeunes enfants et les vendait comme esclaves. Des enfants kohriens vendus à Ithoria ou en Arténie. Et ces ordures en capturaient ailleurs pour les vendre à Kohr. Mon aide a permis de faire cesser ce trafic. Mes contacts, mes complices et ma bande ont permis de retrouver ces apatrides. Puis nous les avons tués. Sans autre forme de procès. Pour l’Empire, justice était faite. Ta mère quant à elle, fermait les yeux sur mes petites affaires de vol.
— Je la pensais plus intransigeante.
— Elle n’a jamais cessé de me pousser à devenir honnête. D’ailleurs je le suis devenue. Mes affaires sont en règle. A part quelques bricoles comme cette affaire en cours. Remarque bien que je dépossèderai de leurs biens des salauds notoires. Un acte social et citoyen.

Tabatha était rassasiée mais se resservit un bol de bouillon. Alyss lui tendit son bol et Tabatha le lui remplit avant de le lui tendre. Leurs mains se touchèrent et la jeune femme en fut légèrement troublée.

— Que sais-tu d’autres sur ma mère ? Elle aurait été bannie… Elle aurait rompu une trêve avec Hâvrebois. Elle aurait exhorté les kohriens à la suivre… Tu sais quelque chose sur ce sujet ?

Alyss hocha la tête et déposa son bol fumant à ses pieds.

Aliénor avait piqué une grosse colère pour que cette demande de trêve soit rejetée. Elle avait pourtant été proclamée par l’Empereur lui-même. Aliénor ne l’avait pas respectée. Puis, elle avait demandé à être destituée de tous ses droits et bannie de l’Empire. En fait, rien n’était arrivé ou presque. Aliénor avait été destituée de son statut de citoyenne d’honneur de Delnam et de Blancastel. C’était tout. Pas de bannissement. Et encore, était-ce à sa demande et non une punition.

— C’est étrange non ? Je suis également tombée sur un texte anonyme. Ma mère aurait été soupçonnée d’avoir trahi l’Empire en participant à un raid en Hâvrebois. Les foulards rouges, des traîtres envers l’Empire… Tu en sais plus ?

Alyss prit le temps d’une gorgée de bouillon.

— Les foulards écarlates. Ta mère en faisait partie c’est vrai. Je me souviens de cette histoire. Un secret pour la plupart des kohriens…
— Ma mère a donc trahi… J’ai du mal à y croire…

Alyss rejeta sa cape sur son dos d’un geste lent. Ses épaules et ses bras nus étaient encore brunis par le soleil des mois précédents. Sa large chemise immaculée ne cachait qu’en partie, une poitrine lourde et Tabatha se força à ne pas plonger son regard dans le généreux décolleté du vêtement.

— Cesse donc d’extrapoler… C’était une période plutôt compliquée. Ta mère a rompu la trêve, craché sur l’Empereur et demandé son bannissement… Tout en servant l’Empire et l’Empereur.
— Tu te moques de moi ?
— Non. C’était une période compliquée je te dis…

Les haches de puissance. Une arme terrible qui donnait un énorme avantage aux orques dans les combats. Un vieux forgeron hâbreboisien, seul et unique détenteur du secret de fabrication de ces fameuses haches. La guerre entre Hâvrebois et l’Empire pointe son nez. L’Empereur veut le secret des haches.

— Et c’est le raid des foulards écarlates. Un groupe de kohriens hétéroclite. Ta mère. Le haut consul Graal… Le meilleur ami de ta mère. Un grand escogriffe aussi bel homme que borné et attaché à l‘Empereur. Une tête à claque imbuvable. Je l’ai connu. Des voleurs, ne me demande pas pourquoi la pègre était présente, je n’en sais rien. Et quelques autres que je n’ai jamais pu identifier… En tout cas, ce n’étaient certainement pas de simples kohriens. Un kohrien qui traversait tout Hâvrebois prêt à la guerre devait avoir des couilles et des compétences considérables.

La blonde se laissa aller à rire. Ce rire grave et un peu voilé était un charme de plus.

— Les parties viriles en question faisaient défaut à ta mère bien entendu, mais son caractère compensait. Tu imagines la situation ? Une poignée de kohriens seuls et livrés à eux-mêmes en plein Hâvrebois… Ne me demande pas ce qu’ils fichaient là. Ni pourquoi tout ce petit monde risquait sa peau pour l’Empereur.

Alyss parlait maintenant avec un sérieux qui ne lui ressemblait pas. Tabatha la laissa silencieuse sans oser la troubler.

— Toujours est-il que le raid a mal tourné. Les foulards voulaient capturer ce vieil idiot de forgeron. Finalement, après avoir accumulé les cadavres de guerriers orques, ils ont dû tuer le vieux forgeron. Du coup, Hâvrebois n’avait plus le secret des haches de puissance. Et l’Empereur ne l’aurait pas. Une petite satisfaction pour l’Empereur. Peu de monde connait cette histoire Tabatha. Très peu de monde.

Tabatha, songeuse, laissa passer un temps avant de parler.

— C’est une histoire presque incroyable… Et les actes de ma mère sont incompréhensibles.
— Moi je la comprends parfaitement. Elle a fait ce qu’elle croyait juste. Mais ensuite… Elle s’est désintéressée de l’Empire et a disparu. Je me suis longtemps demandé pourquoi. Maintenant je le sais. Pour s’occuper de sa fille.


Confiance et désirs troubles


Tabatha s’était occupée de sa jument. Elle l’avait longuement câliné, lui avait parlé et l’avait laissée libre de paître à sa guise. Elle venait de recevoir son affectation dans les traqueurs. Le Sénéchal serait normalement à Blancastel pour l’accueillir et lui permettre de s’équiper. Elle avait hâte de rencontrer son supérieur.
L’arrivée tout en douceur d’Abra Cadabra lui tira un rire et elle sentit les yeux d’Alyss Timora sur elle. La piomelle était arrivée en trombe, s’était pris les pieds dans la longe de sa monture et s’était cognée contre le tronc du hêtre. Son allutrus, depuis, restait inerte et comme étourdie. La maladresse d’Abra Cadabra serait bientôt légendaire.

Abra Cadabra dit :
— Si tu étais ordonnée et si tu n’aimais pas cette bourrique plus que moi, ce genre d’accident n’arriverait pas. Comme le dit l’adage… Un canasson est certes utile mais choisissez le moins débile.


Tabatha se baissa et ramassa la missive que l’allutrus avait laissé choir dans sa chute. Sa mère lui répondait.

Tout d’abord, elle félicitait Tabatha de son engagement pour l’Empire. Puis, elle allait droit au fait. Dame Alyss Timora était une amie très chère et Tabatha pouvait lui faire entièrement confiance. Aliénor allait plus loin encore. Sa mère précisait qu’elle confierait sa propre vie aux mains de la voleuse. Ensuite, venait un conseil.
Dame Timora lui serait très utile et si Alyss lui proposait son aide, Tabatha serait bien avisée de l’accepter. Rien d’autre. Les mots « Je t’aime ma fille » tracés d’une écriture fine et délicate. Sa mère ne la questionnait pas. Qu’aurait-elle répondu si Tabatha avait écrit qu’elle venait de rencontrer sa maîtresse ? Certainement rien. Aliénor Defrancie aurait éludé comme elle savait si bien le faire.
Dame Timora… L’image de la voleuse blonde, nue et embrassant sa mère dans le propre lit d’Aliénor la fit rougir.

La toute nouvelle traqueuse avait parlé de sa récente nomination à une Alyss hilare. La femme l’avait félicité en riant, promettant de ne jamais parler à qui que ce soit de ce qui s’était passé cette nuit.

— Le récit de la traqueuse traquée nuirait à ta réputation.


Après ses moqueries, la blonde s’était approché par derrière et avait collé son visage dans les cheveux de Tabatha, lui parlant à voix basse.

— Excuse-moi ma belle… Nous n’en parlerons plus jamais. Tu n’as pas été prudente mais je connais mon affaire. Tu n’as pas à avoir honte d’être tombée dans ce piège.

Puis, une main avait relevé ses cheveux et Tabatha avait senti les lèvres douces d’Alyss sur sa nuque. Troublée, elle avait laissé sa compagne l’embrasser et fut presque déçue quand Alyss la délaissa.

Evidemment, Tabatha avait parlé de sa décision d’écrire à sa mère à Alyss. Toutes deux furent d’accord pour parler d’une rencontre due au hasard, sur une route proche de Dominia. Une conversation polie s’était engagée et la ressemblance de Tabatha avec sa mère avait interpelée Alyss. Ce n’était qu’un petit mensonge déformant à peine la vérité s’était exclamé Alyss en riant. Tabatha, avait demandé certaines choses à sa mère. Des précisions sur le comportement qu’elle devait adopter face à cette étrange femme. Elle avait maintenant ses réponses.

Alyss avait récupéré son cheval, resté caché dans les ruines du fortin. L’étalon moreau, était une bête superbe. A sa façon de lui parler, Tabatha comprit qu’Alyss adorait l’étalon. La voleuse donna une petite tape sur la croupe de son cheval et Azor alla rejoindre la jument grise, d’un pas tranquille.
C’était à peine un filet d’eau mais c’était de l’eau claire et fraîche. Alyss avait entrainé Tabatha vers le fort délabré et semblait parfaitement connaitre les lieux. L’emplacement de ce fortin avait été judicieusement choisi. Les bâtiments étaient accolés à une haute paroi rocheuse. Les arrières des occupants étaient bien protégés. La source jaillissait d’une anfractuosité de la roche et se perdait entre des rochers.

— Nous devons prévoir de l’eau pour les chevaux et pour nous. Nous remplirons toutes nos outres. Escania n’est pas la porte à côté.
— Il y a des bourgades sur la route non ?
— Très peu… Mais si nous nous procurerions un lit assez facilement, nous ne trouverions personne pour s’occuper de nos montures. Ta jument et Azor se remarquent. Je ne tiens pas à être la voleuse volée.

Tout en discourant, Alyss s’était entièrement dévêtue. Un linge en main, elle se lavait sans se préoccuper de sa pudeur. Le dos de la blonde était marqué. D’anciennes traces. Etaient-ce des coups de fouets ?

— La punition quand on se fait prendre à voler… J’étais très jeune et très inexpérimentée. Ils m’ont fouettée. J’ai oublié les coups mais pas la leçon.

Alyss se retourna et Tabatha ne put s’empêcher de lorgner le buisson doré qui habillait l’entrejambe de cette femme sans complexes. Le linge le lui cacha quand la blonde s’occupa de rafraîchir son intimité.

— Tu me regardes encore comme si tu voulais me bouffer, Tabatha Defrancie…

Tabatha sentit ses joues s’empourprer. Elle était parfaitement consciente d’être sous le charme de cette femme. Elle n’arrivait même pas à lui en vouloir de l’avoir ridiculisée.

— Non… C’est juste que je te trouve impudique… Enfin, tu pourrais te laver seule non ?

Alyss rit doucement et jeta un regard amusé à la jeune femme.

— Mais tu es là. Et pour être franche, j’aime que tu me regardes.

Alyss déposa le linge sur une pierre et rejoignit la traqueuse. Son visage s’approcha du sien et Tabatha se sentit désemparée. Elle laissa la grande bouche d’Alyss prendre possession de ses lèvres et répondit à son baiser. Elle sentait le corps d’Alyss s’écraser contre le sien tandis qu’elles s’embrassaient.
Une main glacée se faufila soudain dans ses pantalons de cuir et Tabatha faillit sursauter. Elle laissa Alyss lui caresser une fesse un moment et emprisonna doucement son poignet, quand elle sentit la main de la femme, s’aventurer plus loin. Puis elle recula son visage de celui de sa compagne.

— Non…

Alyss sourit et laissa Tabatha s’éloigner et s’assoir sur un rocher proche.

— Tu n’en a pas envie ?

Tabatha, yeux baissés se décida très vite. Jusqu’ici, elle n’avait confiance qu’en une seule personne. Sa mère. La missive de cette dernière était explicite. Désormais, deux personnes bénéficieraient de sa confiance. Pourtant, il lui fallait déjà mentir et cela ne lui plaisait pas.

— Non… Je n’en ai pas envie.
— Je ne mens jamais moi. Je parle pour les gens que j’apprécie ou que j’aime. Je ne te mentirai jamais à toi.

Tabatha, perdue dans ses réflexions, soupira longuement.

— D’accord… J’en ai envie mais je ne peux pas.
— Tu es donc vierge ?
— Oui…
— Et bien ce sera un réel plaisir pour moi. Tu ne dois pas avoir peur ma belle. Je serai attentive à bien faire. Je ne serai que douceur et attention.

Tabatha sentait ses joues la brûler et elle se décala légèrement pour laisser place à Alyss. Bien que toujours mouillé par l’eau de source, le corps de la femme était chaud contre le sien.

— Je n’ai pas peur… Ce n’est pas ça…
— Et bien explique-toi. C’est toujours plus facile de parler tu sais…

Alyss lui caressait les cheveux et Tabatha se releva d’un mouvement brusque.

— Délémia ! Comment peux-tu ne pas comprendre ! Tu veux faire l’amour avec moi et tu couches avec ma mère. Alyss !
— Viens t’assoir…

Tabatha ne bougea pas d’un pouce. Sans trop savoir pourquoi, elle fulminait. Ou plutôt, elle commençait à comprendre.
Elle se sentait frustrée. Certes, il y avait eu Sofie et leurs premiers émois sensuels inaboutis. C’était cette fois très différent. Elle se sentait très attirée par Alyss.
Sa beauté avait de quoi émouvoir certes, pourtant, ce n’était pas ce qui attirait le plus Tabatha. La voleuse avait l’âge de sa mère mais cela importait peu. Ses gestes, sa voix, ses regards, sa franchise faisaient son charme. La façon d’être d’Alyss plaisait à Tabatha.
Tout lui plaisait chez cette femme. C’était une sensation très proche de la fascination.

— Me prends-tu pour une putain ?
— Bien sûr que non… Tu couches avec qui tu veux. Seulement tu couches aussi avec ma mère. C’est même ta maîtresse attitrée non ?
— Ta mère est une belle femme. Quand je l’ai connue… Elle était magnifique. J’adorais ses immenses yeux émeraude… D’ailleurs tu as les mêmes yeux qu’elle. Tu es peut-être plus belle qu’elle ne l’était… Je ne suis sûre de rien remarque bien.
— Nous nous ressemblons beaucoup…
— C’est vrai… Viens t’assoir je te prie.

Tabatha hésita et Alyss soupira.

— Je couche avec ta mère. Il est vrai que je suis très attachée à elle. Il m’arrive de coucher avec d’autres femmes mais aucune ne compte pour moi. Ta mère ne me demande rien et je ne lui demande rien. Elle doit bien avoir un amant non ? Et alors ?
— Tu n’as pas l’impression de la trahir ?
— Jamais de la vie ! Et je t’assure que j’adore ta mère. J’ai tué pour elle et me ferai tuer pour elle. Tout comme elle le ferait pour moi ! Encore qu’elle, elle soit mère et que se sacrifier pour moi en te laissant seule ne serait pas logique.
— Logique ?
— Naturel… Elle doit te préférer à moi. Elle te préfère à tout. Et je le comprends parfaitement.

Tabatha, une fois assise aux côtés de la voleuse, laissa une petite distance entre leurs corps. Elle appuya son dos contre la roche.

— Raison de plus pour ne pas coucher avec moi. Tu lui ferais du mal.

Alyss eut un rire sans joie.

— Qu’en sais-tu ? Il est très difficile de cacher quelque chose à la magicienne. Tu dois le savoir. Tu es sa fille et ce qu’elle a de plus cher au monde. Je suis persuadée qu’elle a déjà deviné tes penchants pour les femmes. Oh oui, elle les connait, elle est fine mouche notre magicienne. Tu lui écris que nous nous sommes rencontrées. Et Aliénor ne te mettrait pas en garde contre moi ?
— Elle m’a dit de te faire aveuglément confiance.
— Et elle a bien fait. Mais réfléchis ma jolie. Il y a de fortes chances que cette fichue mage, sache que sa fille est attirée par les femmes. Tout comme elle l’est elle-même ! En tout cas, en ce qui me concerne. Aliénor sait très bien que je ne couche qu’avec des femmes. Et elle ne daigne pas te prévenir que je tenterai de te séduire ? Elle ne m’écrit pas pour me convaincre de ne pas te séduire ? Je pense que ta mère te laisse le choix. Qu’elle nous laisse le choix…

Tabatha était partagée entre une certaine tristesse et un étrange soulagement.

— Je peux me tromper Tabatha… Je peux me tromper mais je pense être proche de la vérité.

La chemise de Tabatha se laçait sur le côté et la traqueuse sentit les doigts d’Alyss tirer sur le cordon de cuir qui fermait son vêtement. Elle frissonna.

— Je ne pourrai jamais le lui dire… S’il se passait quelque chose entre nous.
— Comme je ne lui dirai rien… S’il se passait quelque chose entre nous.

La main d’Alyss caressait le galbe d’un sein ferme.

— Et c’est très bien ainsi Tab... Ou alors la magicienne finirait par me demander si je préfère l’amour de sa fille ou le sien... S’il se passait quelque chose entre nous, bien sûr.

Tabatha avait le plus grand mal à respirer et sentit monter une douce chaleur au creux de son ventre. Elle alla poser une main sur la cuisse fraîche de sa compagne. Alyss bougea et Tabatha regarda les longues jambes de la femme, s’écarter l’une de l’autre.

— Comment fais-tu pour ne pas avoir froid ?

Alyss rit doucement et entoura les épaules de la traqueuse pour la coller à elle. Sa main découvrait un ventre dur et elle se décida à aller plus loin. Tout en embrassant Tabatha, elle ouvrit l’entrejambe des pantalons de cuir et ses doigts glissèrent sur la peau douce de la jeune femme.
Tabatha soupira contre sa bouche et Alyss lui mordit doucement la lèvre inférieure.

— Je te promets que tu n’aurais plus froid très longtemps… S’il se passait quelque chose...

Tabatha gémit longuement, sa bouche collée à celle de la voleuse.
Puis elle cria le nom d’Alyss…

Carpe diem

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