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IDEO : Les Domaines Oubliés

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Lettres de ma femme

Les contrées d'Ideo : Parcourez les contrées d'Ideo, découvrez et contez ce qu'il se passe aux quatres coins de ces domaines oubliés...

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Estreldar
Arténien
Confédération Arténienne

le Solior 18 Rastel du 1563ème cycle à 14h53

C'est une histoire étrange, parce qu'elle commence avec un chameau. Dans un univers épique, fantastique et créatif, on pourrait s'imaginer un chameau à trois bosses, ou un chameau crachant des étincelles magiques, renvoyant les slaads se rhabiller pour l'hiver. Mais ce n'était qu'un simple chameau, qui marchait en se dandinant sur la route entre Naldomia et Emédésia, avec l'air un peu ahuri qu'ont la plupart des chameaux.

Sur son dos, entre les deux bosses, une grande sangle de cuir maintenait deux immenses sacoches, mais l'animal ne semblait pas peiner, malgré la charge. Ses pattes laissaient des empreintes assurées dans la légère couche de poussière sur la route et il mâchouillait avec confiance le dernier bout de paille restant de l'étape de Naldomia, en contemplant le même désert que depuis toujours derrière ses longs cils.

Un homme marchait à côté du chameau. Il avait la peau basanée et marchait doucement à côté de sa bestiole. C'était difficile de voir où il regardait à cause de son grand turban noir, mais il faisait un signe de la main aux autres caravaniers qu'il croisait parfois; mais, le plus souvent, il regardait le vide du désert avec un regard tout aussi vide, parce qu'il avait déjà fait exactement le même chemin des dizaines de fois et que la route était trop fréquentée pour représenter le moindre danger. le sabre, qui dodelinait sur le côté de sa jambe droite, n'avait pas été dégainé depuis plusieurs mois et il était parcouru de tâches de rouille.

Il peut paraître éminemment inintéressant de sa faire bassiner avec un chameau et un vulgaire quidam dans le désert, comme il en existe des centaines en Confédération. Pourtant, dans les sacs portés par la bête de somme, il y avait des dizaines de lettres, en général écrites sur parchemin et cachetées et, parmi celles-ci, la plupart venait de Dalashinn. Tout au fond de la sacoche, comme si on l'avait donnée en premier pour être sûr qu'elle arrive, il y avait la lettre que Délie envoyait à Estreldar, son mari, retenu à Emédésia par des événements pour le moins imprévus, et ces événements méritent bien une histoire.
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Estreldar
Arténien
Confédération Arténienne

le Solior 18 Rastel du 1563ème cycle à 15h28

Estreldar,

Je ne sais pas très bien comment commencer cette lettre, parce que vraiment ça dépasse tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, si tu as reçu un livre magique. Je ne l'ai pas dit à Mastril, parce que je pense que son peu de cerveau exploserait, s'il savait la nouvelle. Je suis encore pas sûre de ce que je dois faire, maintenant, mais je t'enverrai d'autres lettres.

On a reçu une grosse commande de Delnam, alors je t'envoie encore un peu d'argent, parce qu'on manque pas ici, et que j'ai interdit à Mastril de jouer, le soir. Le dernier métal que tu as acheté est de très bonne qualité alors il n'en faut pas beaucoup, au fond, et c'est très solide. Je pense qu'on va se faire un gros bénéfice sur ça et j'ai dit à Mastril et faire de nouveaux chaudrons. C'est drôle, depuis que tu es parti, je trouve qu'il est un peu plus sérieux, comme s'il voulait me montrer qu'il est capable aussi. Je pense qu'on dépense un petit peu plus en métal, parce qu'il débute, mais pas tant que ça. Je crois surtout que c'est que Helga n'a pas écrit ni envoyé d'argent depuis un mois et qu'il sait qu'il a besoin de nous, maintenant.

Je crois que je suis contente, quand même, parce que je pense qu'on peut se débrouiller avec l'argent ici, surtout si tu commences à en gagner, et puis je pense que tu serais mieux ailleurs que dans les casseroles. C'est difficile de te dire ce que je pense dans un lettre, parce que ce serait mieux de discuter, mais je suis d'accord, c'est mieux que tu ne restes pas à Emédésia et que tu sois plus près, aussi souvent que possible.

J'ai un peu peur que ce soit dangereux, la magie, et qu'ils se servent de toi pour faire des choses qu'eux-mêmes ils n'oseraient pas. Depuis qu'on a les livres, ici, il arrive plein de bêtises à Dalashinn, alors ne fais pas trop confiance à des gens que tu ne connais pas trop et essaie de trouver un travail qui paie bien et où tu puisses rentrer ici. Et j'espère qu'ils ne casseront pas encore le pont.

Je suis allé au marché et j'ai acheté un livre d'occasion sur la magie, je vais essayer de comprendre, comme ça. J'ai voulu aller à la boutique de magie, mais je me suis dit qu'on me rigolerait à la figure. La voisine dit que c'est n'importe quoi, mon livre, mais je vois pas comme elle le saurait, alors qu'elle fait rien d'autre que balayer et hurler toute la journée, alors je vais le lire quand même. Je pense que ce serait bien que tu n'ailles pas à l'école de Dalashinn, quand même. Je trouve qu'ils sont vraiment bizarres, les mages, ici, et puis ceux de Naldomia ils font des choses utiles, aller plus vite, être plus fort, des choses comme ça, pas parler avec le brouillard. Et puis évite aussi les magies dangereuses, je ne voudrais pas que tu te blesses. Tu as déjà assez de cicatrices de brûlure comme ça. Naldomia, je veux bien, comme ça tu pourras rentrer, j'ai vu les sorts qu'ils utilisent pour courir vite, si tu sais le faire un jour, ce sera bien.

La voisine dit aussi qu'on va déménager, parce que les mages vivent dans des tours. Si ça ne te dérange pas, je veux bien que tu ne fasses pas ça, parce que j'ai le vertige, comme tu sais. Je veux bien une plus grande maison, mais avec une chambre au rez-de-chaussée. Et puis, porter des casseroles dans des escaliers, je pense que c'est une mauvaise idée. Et un jardin, ce serait bien, aussi.

Je n'ai pas très bien compris, as-tu vraiment parlé à des membres du grand conseil ? Fais surtout très attention, je crois que ce sont des gens étranges et je pense que les expériences, ça leur tord le cerveau, un peu. Dis bien "Mara-Haji", ne bois jamais avec eux et surtout parle le moins possible. Plus ils sont importants, plus ils aiment s'écouter, de toute façon, pense aux gens de l'éclat. Souviens toi de toute ce qu'ils disent et essaie de leur dire ce que tu trouves bien chez eux, je pense que ça marche bien, avec les gens puissants, comme ça. A Delnam, on avait réussit à payer moins de douane, te souviens-tu ?

Je suis un peu inquiète mais je pense que ça va aller, si tu réfléchis tout le temps. Maintenant, tu ne peux pas regarder dans le vide comme avec tes casseroles, mon Estreldar, alors fais bien attention à toi et reviens vite. Retiens plein de choses et reviens me raconter, je m'ennuie avec ton andouille de neveu, même s'il est pas méchant.

Délie.
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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Malina 21 Rastel du 1563ème cycle à 17h47

Estreldar,

Il est très bien ton texte, mais essaie de faire des phrases plus courtes. Quand on a l'habitude de parler avec toi, ça va. Quand on ne te connaît pas, tu mets toutes les idées à la suite et on a du mal à les distinguer les unes des autres. Si tu écris sur plus de deux fois la longueur du parchemin, il faut que tu mettes un point, n'oublie pas. Je ne crois pas que j'ai tout ce qu'il faut pour comprendre parfaitement et donc c'est difficile de complètement relire, il faudrait que tu m'expliques de vive voix, je pense, pour que je puisse t'aider à écrire parfaitement. Sur les énergies, d'accord, c'est assez clair, par contre je ne suis pas sûr de bien voir ce que tu veux dire quand tu groupes les choses deux par deux.

Je ne comprends pas très bien pourquoi personne ne raconte ça, c'est vrai que c'est un peu compliqué mais il ne faut pas être de famille noble, je pense. J'ai gardé le livre que j'ai acheté au marché mais il servira à allumer la cheminée, je pense. Le premier chapitre n'a aucun sens et le second essaie de me convaincre qu'avec des chenilles on peut faire des flammes. Je pense que c'est un auteur de roman qui a écrit cette absurdité, peut-être un de ces prêtres kohriens étranges qu'on voit parfois venir de Delnam. Tu imagines, toi, acheter quarante kilogrammes de chenilles et les filtrer avant de les boire ? Et puis quoi encore ? Je commence à me demander si c'est vraiment écrit sérieusement ou si c'est une plaisanterie. Quoiqu'il en soit, ça n'a aucun rapport, même très lointain, avec ce que tu me dis.

Je ne suis pas sûr de te suivre pour cette histoire d'arbre; tu veux dire que tu es tombé sur un arbre quand tu as touché le livre avec ton insigne ? Je ne vois pas vraiment comment ça marche et, surtout, tu ne me parais pas assez mince pour grimper aux arbres comme ça, à moins que tu n'ais enfin décidé de faire un petit effort, à Emédésia.. J'ai un peu de mal, alors, à t'imagine marcher sur ton arbre, et encore moins entrer dedans. Je suis contente quand même quand tu arrives à dire un peu ce que ça te fait, c'est inhabituel. Peut-être que l'air d'Emédésia te fait du bien, mais ça m'étonnerait, avec toutes les tempêtes de poussière qu'il y a, là-bas.

En revanche, je ne suis pas du tout d'accord pour que tu fréquentes des gens qui lancent des sorts dangereux. Vraiment, du feu dans une pièce, tu imagines ? Faut-il que tu sois idiot, avec tes cheveux, pour te mettre en danger. Je croyais que l'école que tu avais choisi était calme et verdoyante, comme quand tu parles de Naldomia. Peux-tu alors m'expliquer pourquoi tu crois utile de fréquenter des gitans, des casse-cous et des drogués ? Quant à ton rendez-vous "pour du mithril", si tu avais réfléchi un instant, je suis sure que tu aurais immédiatement compris que c'était une arnaque grosse comme le postérieure de cette fichue voisine. Contente-toi de ton archimage qui ne sourit pas beaucoup, à l'avenir, tu veux ? Je me fais assez de soucis comme ça.

Je ne sais trop quoi te dire de la vie ici, mais je vais bien, pour te répondre. Les choses changent lentement, à Dalashinn, si ce n'est qu'il fait moins froid et qu'il y a plus de légumes sur les marchés. J'ai acheté du Pâhthât pour la première fois du cycle. Il est encore un peu maigrichon, mais c'est agréable de sentir revenir la belle saison. Je fais les comptes à ta place en écoutant le bruit du marteau de Mastril, je pense qu'on peut gagner 50 arténiums, ce Rastel, sans trop de problèmes. Nous vendons très bien, parce que le métal brille, les gens sont idiots. En fait, il n'est pas de si bonne qualité, mais vu le prix, tu as fait une bonne affaire. D'ailleurs, le colporteur est venu hier et m'a laissé trois échantillons. Il repasse à la fin du mois et je voudrais bien que tu me dises ce que tu penses. Si tout arrive entier, il y a un petit, un moyen et un gros. Je crois que le moyen est un peu mieux, un peu plus dur, mais il faut que tu me donnes ton avis, je ne suis pas vraiment sure de mon coup. Il réclame 125 arténiums pour la quantité habituelle; mais je pense que je peux lui arracher à 115, peut-être 110. Le coursier m'a pris les trois cailloux gratuitement, n'hésite pas à lui donner un arténium de plus la prochaine fois, vu que tu as un salaire maintenant.

Réponds moi vite et pense à moi.

Délie.

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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Lüdik 27 Rastel du 1563ème cycle à 23h04

Estreldar,

De ta lettre, je comprends surtout le fin, ce qui est inhabituel, je trouve. Je suis content que tu réussisses à faire rentrer ça dans des cases normales, parce qu'au fond je reconnais le ton que tu utilises: on dirait vraiment la même chose que quand tu m'as expliqué comment tu faisais pour fondre le métal pour le fond des casseroles. Au début, il me semblait être face à un mur fait de lianes elfiques étranges, tu sais, de celles qui attaquent les voyageurs imprudents à l'orée de la forêt et qui les étranglent: les mots que tu disais bougeaient ensemble, grouillaient comme un nid d'insectes, mais je n'arrivais pas vraiment à les distinguer les uns des autres. Au début de ta lettre, avec ses runes, ses énergies, ses théories et son fatras d'autres mots étranges que je ne maîtrisais pas vraiment, j'avais l'impression que tu t'enfouissais de plus en plus dans un désert étrange et flou et j'étais à peu près sûr que tu n'y voyais pas beaucoup plus clair que toi. Je te reconnais bien là, à te noyer dans le tas avant finalement, de ressortir avec un truc extrêmement simple et extrêmement clair, même si c'est peut-être un peu trop simple au début.

Enfin, bref, tu vas dire que j'écris trop et que je fais trop d'images, mais c'est pour te rappeler Dalashinn. Je suis d'accord avec toi pour les parchemins et, si ça marche, tu apprendras quelque chose de simple et de clair, une base officielle et certaine pour la suite. Si je peux te suggérer quelque chose, tu devrais le faire de façon discrète, quand même, souviens-toi de ce qui se passait à l'Altération, les gens sont suspicieux et envieux. Tout ce que tu apprends, ils voudront te l'arracher et je pense que beaucoup s'autoriseront des choses dangereuses. Je sais que je te l'ai déjà dit, mais les porteurs de livres magiques ont fortement tendance à disparaître ou à faire n'importe quoi, un peu comme les archimages, alors reste bien comme d'habitude et ne raconte pas ta vie à quelqu'un que tu connais depuis deux semaines, surtout si tu ne sais pas ce qu'il veut.

Je n'arrive pas à croire que tu te sois procuré cinquante arténiums en quelque jours, à peine deux semaines, alors que tant de gens ont tant de mal à joindre les deux bouts et que les commerces ont tant de mal à reprendre depuis que les accords avec Kohr sont devenus plus lointains et plus théoriques. Je veux dire, c'est très bien que la Confédération recherche la magie, mais il faut bien que les mages mangent, et pour ça, ne leur faut-il pas des casseroles ? Quoiqu'il en soit, je n'ai pas vraiment besoin de quoique ce soit, à part peut-être que tu rentres bientôt. Je n'ai pas trop compris ton histoire de téléportation, mais je peux prendre un chameau pour Naldomia la semaine prochaine sans aucun problème, je donnerai sa journée à Mastril, on peut bien fermer un Solior de temps en temps. En plus, tout le stock de casseroles de la dernière fois est partie, il nous reste le grand chaudron, celui qu'on avait récupéré au marchand d'Escania et pour lequel je n'ai jamais compris comment il l'avait trimbalé sur une distance pareille. Je me demande si on ne devrait pas le vendre au prix du métal, celui-là, il est tellement immense que même le postérieur colossal de la voisine y entrerait, j'ai vraiment du mal à imaginer qui va nous l'acheter.

Je trouve ça complètement dingue, quand même, qu'ils jugent des gens sur ce fichu livre. Enfin, quand même, en quoi est-ce juste, si tu ne vois même pas la tête des gens en face, avant de dire s'ils ont fait ou pas ce dont on les accuse ? Je dois t'avouer que je suis un peu inquiète quand tu dis que c'est en lien avec l'Empire et qu'on dépend quand même beaucoup d'eux. J'ai compté, l'autre soir, en prenant ton livre de comptes, parce que ta lettre ne me sortait pas de la tête. Sur dix arténiums qu'on a gagné le cycle dernier, quatre venaient de la poche de kohriens, parce que je pense que les autres confédérés vont plutôt à Folionna que chez nous, on est trop isolés et trop près de Delnam. J'espère qu'il n'y aura pas une autre crise, parce que quand même on en dépend beaucoup, de la frontière au Nord. Heureusement, maintenant que tu as un nouveau travail, c'est quand même moins grave, mais je pense que ça peut vite finir. Si jamais ils nomment encore un archimage complètement fou, complètement absent, ou si tu découvres quelque chose qu'ils ne veulent pas que tout le monde sache, il faut que la boutique soit là pour qu'on puisse revenir à la vie d'avant. Je serai plus rassurée de savoir ça, sûr, carré, derrière nous, qu'est-ce que tu en penses ?

Je crois que beaucoup de gens commencent à murmurer, à propos de ton absence. Mastril ne sait pas grand-chose, donc il ne dit pas grand-chose, mais c'est vrai qu'on a tellement l'habitude de te voir ne pas bouger, dans le voisinage, que ça fait pas mal jaser, que tu sois parti pour devenir magicien. Je crois aussi que le fait que je sois allée négocier les métaux moi-même a bien remué ces messieurs, l'autre jour. Mais enfin, j'ai obtenu la quantité habituelle pour cent quinze arténiums, alors je pense que je ne m'en suis pas mal tirée, même si c'est dur de crier par dessus des voix d'homme, il faudrait que je recommence à chanter. La garde est passée l'autre jour, aussi, apparemment il y a un voleur, et sous prétexte que je suis sans mon mari ils sont venus tout reluquer et faire des remarques à la noix sur la serrure, alors je les ai foutus à la porte en leur disant que j'avais des clients. Je ne sais pas qui recrute la garde de Dalashinn, mais vraiment ils ont de la chimère dans le crâne, déjà qu'ils ont mis je ne sais pas combien de temps à réparer ce fichu pont.

Ah oui, j'oubliais, vu que tu m'as envoyé de l'argent, j'en ai mis la moitié au coffre et j'ai acheté une robe pour moi et un pourpoint pour toi avec le reste. Ah, et j'ai acheté des chaussures à Mastril. Je te passerai tes nouveaux vêtements à Naldomia. Ils sont ravissants, tu verras, il y a des galons verts et des broderies en doré, avec des jolis zigzags sur les mollets. Je suis sûr que tu seras vraiment très vitaliteux, avec, tes collègues et ton archimage de la négation te prendront sans doute beaucoup plus au sérieux comme ça, tu verras. Et ne te fais pas couper les cheveux dans un salon hors de prix d'Emédésia, je le ferai dès qu'on a le temps. De toute façon, un peu plus ou un peu moins, ça se voit pas beaucoup, sur toi.

Vivement Solior prochain!
Délie.

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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Solior 2 Dilannel du 1563ème cycle à 23h18

Estreldar,

Je viens de rentrer à Dalashinn à l'instant et de retrouver Mastril. Je dois te confesser une certaine surprise: il n'y a pas de trou béant à la place du toit; nous n'avons pas quatre procès sur le dos pour nuisance sonore et olfactive et il me semble même qu'il aurait peut-être travaillé un peu certains jours, quoique de toute évidence pas à vitesse maximale. L'évier n'est pas plein de vaisselle sale, rien n'a disparu et il n'y a aucune demoiselle dénudée dans mes placards. Je n'ai aucune espèce d'idée de ce qu'il a en ce moment, il y a bien deux mois qu'il n'est pas revenu avec un œil au beurre noir, aussi. C'est toujours le silence total de la part de Helga et je crois que l'espèce de complexe d'infériorité qu'il avait développé se calme, maintenant que personne n'est là pour regarder ce qu'il fait.

La marchandise dont nous parlions avant-hier a été livrée, je vais aller la faire envoyer pour la faire fondre à Dertioux à la semaine prochaine, mais il paraît que ses tarifs ont encore augmenté. Maintenant que tu es un grand mage devant l'éternel et que les montagnes s'écartent sur ton passage, peut-être pourrais-tu lui envoyer un petit mot pour lui dire qu'on fera fondre notre métal à Folionna s'il ne nous fait pas un prix ? J'ai toujours trouvé ce type plus évaporé encore qu'un prêtre d'Aldménir, je me demande s'il ne respire pas un peu trop les fumées de sa forge. Sers-lui donc du "comme le disait mon bon ami, le Grand Archimage Borgne et Ombrageux de la Noire Négation, avant que nous ne réduisions une caravane en confettis de poussière, l'autre jour", je suis sûr qu'il avalera tout sans broncher et qu'on économisera facilement trente arténiums dans la bataille. N'oublie pas de mettre des majuscules.

J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit l'autre jour, et c'est vrai qu'avec tes fonds et ceux de la boutique, vu que ça marche en ce moment, on pourrait peut-être agrandir ou acheter une autre affaire. D'un autre côté, je me dis aussi qu'un patron porteur de livre, c'est pas vraiment un gage de sûreté, alors on ferait mieux de faire des bas de laine, pour le moment. On pourrait mettre une partie de l'argent à la banque d'Emédésia pour éviter les mauvaises surprises, par contre, je suis d'accord. On verra ce que ça donne si la situation se maintient, qu'en dis-tu ?

Un énième colporteur a débarqué de Delnam aujourd'hui, c'est la saison, comme tu sais. Cette andouille de dernière catégorie, visiblement gratinée à la chimère, avait soi-disant en sa possession des robes de maître de la négation, tu imagines ? Une demi-outre alcoolisée venant probablement du fin fond du bout du bois des bandits, avec une robe de maître? Et pourquoi pas un chameau à trois bosses ou le dernier rouleau de papier toilette entamé par Zoltan avant son duel avec Vahid, aussi ? Je lui ai envoyé une casserole à la figure et le bruit m'a fait un peu crisser les dents. Rassure toi, cependant, il n'y a rien eu de grave, la casserole est intacte. J'ai eu peur un instant d'avoir accroché un peu le revêtement, mais il est parfaitement lisse, heureusement. A posteriori, j'aurais dû jeter un oeil et regarder les "robes de maître", pour aller le jeter en pâture aux gardes et gagner quelques pièces dans la bataille, mais Mastril avait allumé le four et un bain chaud vaut bien deux arténiums, je crois. Oh, il avait l'air d'avoir le crâne un peu amoché, le type, mais enfin, un bon pansement et ça devrait aller. Et puis, vu ce qu'il fait de son crâne, n'est-ce pas, je doute que ce soit très important.

J'ai aussi eu la visite du type du bout de la rue, tu sais, celui qui vit seul depuis que sa femme s'est envolée il y a quatre cycles ? Il avait raconté qu'elle avait disparu à l'école, souviens-toi. Eh bien, ce couillon est persuadé que maintenant que tu es mage de la vitalité, tu dois pouvoir le guérir de ses rhumatismes. Il m'a offert une espèce de médaillon affreux "en or" si tu venais le "guérir". Je l'ai envoyé dehors aussi, mais je suis un peu inquiète de voir à quelle vitesse les rumeurs circulent dans le quartier. On a du mal à croire qu'on est en Confédération et qu'on s'est débarrassé de la clique divino-nounouille, les gens ont reporté leur besoin de croire à des andouilleries sur la magie, maintenant. Tous ces gens qui savent à peine lire et écrire, et puis la magie, c'est comme un acrobate qui fait un grand écart et d'un seul coup tout craque: il y a trop d'écart, dans le pays, je trouve. Apparemment, le voisin, là, s'est déjà fait arnaquer par un vrai-faux prêtre de Dallia, à Delnam, ce gugusse. Si la garde apprend ça, il va avoir des ennuis, à raconter des histoires de dieu partout.

En tout cas, il ne se passe tellement rien ici que tu es devenu une espèce de mini-célébrité dans la rue. C'est un peu bizarre, tout le monde vient me parler de ce que tu es devenu. Je commence à me dire que l'herbe serait peut-être un peu plus verte dans un autre coin de la ville, mais enfin, on ne peut pas trimbaler un four comme ça, alors pour l'instant je joue à la harpie et la situation va se tasser, j'espère.

Pour ta magie, j'ai pensé à quelque chose sur la route, pendant que ce crétin de chameau faisait encore un écart. Je ne veux pas, mais alors vraiment pas, sous aucun prétexte, que tu bidouilles les sorts en les utilisant sur toi-même. Imagine qu'il t'arrive quelque chose de grave. J'ai une autre idée, beaucoup plus attrayante: sur tous les marchés de la Confédération, il y a des poulets; et je déteste les poulets; et c'est pas cher; et c'est profondément abruti. Alors, utilise ça comme cobaye et raconte-moi, ça me fera rire quand je me sentirai un peu seule, au moins.

J'étais heureuse de te revoir, je pense que je vais prendre le tarif régulier, pour Naldomia.
Délie.

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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Valkin 8 Dilannel du 1563ème cycle à 16h31

Estreldar,

Dans le parchemin scellé deux fois, c'est la version finale de ton texte. Je trouve que ça fait très professionnel, mais, comme je n'ai pas vraiment accès aux textes initiaux, j'espère que je n'ai pas trop mal réécrit ce que tu voulais dire. Je comprends bien que tu trouves que j'écrive mieux que toi et, si je suis un peu honnête, c'est vrai. Mais il ne faut absolument pas que tu dévalues ton travail comme tu le fais: le principal, dans un travail, c'est l'idée que tu mets dedans. Comme rétameur, peut-être que tu n'es pas le meilleur pour entourlouper les clients, mais les casseroles que sortent de ton atelier sont d'une qualité imbattable et, surtout, tu as mis tout ce que tu pouvais dedans, pas comme ces abrutis de la porte Sud qui essaient de rouler tout le monde en travaillant le moins possible. Tant que tu fais les choses avec conscience, tu ne devrais pas te reprocher d'être un peu maladroit et je pense que même les grands Mara-hajis bizarres avec leur pli au menton te le passeront aussi, si tu es sérieux.

Je ne suis pas étonnée de ce que tu décris dans les différences entre les écoles. Souviens-toi, ici, à Dalashinn, tout change dès qu'on change d'archimage, de toute façon. Celui-ci est en place depuis quelques temps, maintenant, mais tout changeait très vite, avant, même les règles de commerce. Je pense que chaque école dépend complètement de cet espèce de roi, alors pour peu que le tien soit un peu caractériel, tu devras en baver un peu plus. D'un autre côté, c'est pas plus mal pour toi, je crois, parce que je ne suis pas persuadée que ce soit gratuit, tu sais, les cours plus faciles des autres écoles. Je ne veux pas dire gratuit au sens que cela coûte de l'argent, mais peut-être aussi qu'on laisse les magiciens moins libres après, qu'on leur demande de dire leurs secrets, par exemple, en échange de tout ce qu'on leur a donné. De toute façon, s'ils étaient si forts que ça, on aurait pas attendu si longtemps pour avoir un vulgaire pont, ils auraient claqué des doigts et puis le pont serait apparu. Je suis à peu près sûr qu'ils ne sont pas aussi fort que ce qu'ils veulent bien raconter, ces mages. Apprends ce que tu peux, et après tu pourras te débrouiller sans eux, j'en suis sure.

Je suis contente aussi que tu ais dit dans ton texte que tu pourrais peut-être renforcer les plantes, parce que figure toi que la grande qui est dans le salon se casse la figure. Je l'ai regardée de partout, il n'y a pas de bestiole, je ne l'arrose pas plus, pas moins que d'habitude et pourtant elle tourne de l’œil comme le rétameur de la porte Sud. Apparemment, la voisine raconte partout que tu peux retourner la rivière et la faire couler vers les montagnes, alors les gens viennent par curiosité et j'ai pris dix-neuf commandes dans la semaine. Je doute que ça dure très longtemps, comme tu n'es pas là, mais pour l'instant, Mastril travaille douze heures par jour et on est quand même en retard sur la plupart des commandes. Comme on s'était dit à Naldomia, je coupe en trois: un tiers pour la maison, un tiers pour la banque ici et un tiers pour Emédésia.

Je ne sais pas trop si c'est grâce à ta lettre, mais Dertioux m'a fait un prix pas mauvais l'autre jour, donc je pense qu'on va se faire un peu plus de marge, sur les commandes du moment. J'espère que ça ne veut pas dire qu'il va nous livrer de la cliche, mais je ferai attention, ne t'inquiète pas. Je n'ai payé que la moitié et il n'aura rien de plus s'il nous livre de la guimauve et pas du métal. Ah, sinon, j'ai vendu ces chaudrons stupides au poids. J'ai compté, avec ce qu'on m'a payé, on perd huit arténiums sur l'opération. Je ne suis pas très contente, mais si on les laissait à rouiller au fond de la boutique, on aurait perdu encore plus, alors je me suis dit qu'il fallait limiter la casse avant qu'ils ne deviennent invendables et qu'on doive les balancer à la rivière. Voilà où on en est, niveau affaires, je crois que je n'ai rien oublié d'important.

En gros, on n'a pas aussi bien marché depuis qu'on a repris, donc je pense que je vais te faire un autre pourpoint, vu que tu as aimé l'autre. J'espère que tu le portes souvent! J'ai repéré l'autre jour un très beau brocart, il a le fond rose, et dessus c'est violet, et il y a des fils argent. Oh, et j'ai trouvé des galons argentés aussi, je suis sure que tout ensemble, ce sera très réussi. Avec ça, tu pourras impressionner Emédésia sans problème! Je suis vraiment contente qu'il te plaise, parce que Mastril a rigolé quand il a vu le tissu, l'autre jour. Vraiment, je sais qu'il est jeune et qu'il a été élevé dans le mauvais goût de notre chère belle-sœur, mais enfin quand même, savoir assortir les couleurs, c'est la base. D'ailleurs, maman m'a dit que ce serait très élégant, mais elle m'a suggéré d'ajouter un peu de jaune. Peut-être le col, qu'en penses-tu ? Ou alors, que dirais-tu de broderies, peut-être ? J'ai toujours aimé, le mélange or, argent, et rose, je trouve ça très élégant.

Je ne suis pas rassurée, pour ton histoire de cours pratique. C'est très bien, je suis sure que c'est plus efficace pour apprendre que de rester enfermé dans ton école, mais enfin, les kobolds, c'est dangereux et puis les créatures des quatre, elles font peur à tout le monde. Une fois, je crois que j'ai vu une lueur d'altération, mais on m'a dit que c'était juste un mirage dans le désert, et je ne sais pas. Reste bien derrière l'archimage et ne te blesse pas, d'accord ? Et vont-ils te fournir un peu de protection, avant cela ? Je ne crois pas qu'aller au milieu de nulle part avec un peu de coton soit l'idée du siècle, tu sais. Même les shrinns, ils se protègent un peu., alors essaie de dégoter une robe magique, ou un chapeau en métal, ou quelque chose de ce genre.

Mastril me demande de te passer le bonjour. On dirait qu'il arrive à penser à deux choses à la fois depuis quelques temps. Je soupçonne qu'il y ait une fille derrière tout ça. Je pourrais demander à la voisine, tu penses si elle est courant, je crois qu'elle a un avis sur ce qu'a mangé de derniers ploucs vivant au fin fond du pire de la vieille ville, même si elle est jamais allée à Emédésia. Mais, comme il travaille bien, je pense que je peux le laisser roucouler un peu dans trop m'en occuper, qu'en penses-tu ? Je m'y intéresserai si ça l'empêche de travailler ou s'il rentre avec un œil au beurre noir, ou autre chose dans ce style.

Je serai à Naldomia le 14. D'ici là, je t'embrasse et j'attends ta lettre.
Délie.

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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Lüdik 11 Dilannel du 1563ème cycle à 04h01

C'est toujours une histoire de chameau, parce que c'est ce que sont les arténiens entre eux, mais aussi parce que c'est encore une scène où un chameau marche sur une route. Il a toujours quatre pattes et deux bosses; il a toujours l'air d'être en train de mâchouiller quelque chose, il a toujours des cils immenses et noirs qui lui donnent un air étrangement féminin. Pourtant, ce n'est plus la route désolée et si rectiligne entre Emédésia et Naldomia, où on a l'impression de marcher sans avancer, tant que les murailles blanches n'apparaissent pas au loin, tant la route est identique à elle-même, tant rien ne ressemble plus à un pavé qu'un autre pavé et rien ne ressemble plus à un plateau gris qu'un autre endroit du même plateau gris.

Ici, c'est un peu différent, parce que notre bien-aimé chameau marche sur un pont, et même sur un pont brillant comme un sous-neuf. Sous ses lourdes pattes, le marbre et le granite sont encore comme polis et on devine des coups de burin, de ci de là. Le mortier est encore bien net; il est encore plus clair que la pierre alentour, bref, c'est le sublime nouveau pont qui relie à nouveau Dalashinn au reste de la Confédération. Sous les piles majestueuses du pont, pourtant, inconscient de l'oeuvre d'art et de magie qui l'enjambe, le fleuve est en colère. Alors que la chaleur et les tempêtes de sable font rage dans l'Est de la Confédération, dans les montagnes de l'Ouest, l'hiver ne refuse qu'à contre-cœur d'aller voir ailleurs s'il y est et il reste de la neige sur les plus hauts sommets. Le reste de cette neige a fondu et dévale avec fureur la vallée au bout de laquelle se trouve Dalashinn. Les flots charrient des monceaux de bois flottés qui heurtent le pont dans des hurlements de rage et ils ont la couleur étrange, entre le jaune et le bleu, des eaux qui ont vu la virginité d'un glacier avant de se jeter dans la poussière et la fange, arrachées à la montagne, plus bas. Le seules rares terres approximativement cultivables de la Confédération, grignotées parcimonieusement aux berges marécageuses, sont sous l'eau, et elles ne se réveilleront à la lumière du Solior quand la crue sera passée.

Notre chameau porte toujours une sacoche, mais les lettres ont un peu changé de formé. Le parchemin, lors de notre premier récit, était jaunâtre, de grain irrégulier, visiblement recoupé, parfois même écrit au recto comme au verso et grossièrement barré, raturé, gribouillé, sur la face inutile. Les lettres de Délie sont maintenant écrites sur un parchemin presque blanc et sont repliées avec soin, les quatre coins repiquant vers le centre, formant une croix diagonale, et le tout enroulé dans un abominable ruban chamarré, doublé d'une bande de parchemin collée, avec du rose, du doré, et du bleu, et du vert, et du violet, et des petits points brodés, et parfois des franges, et même certaines couleurs que personne n'a jamais vu dans un aucun arc-en-ciel. Parfois, pour les grands jours, le ruban a même été frisé, probablement en utilisant un instrument fait davantage pour un forgeron que pour l'ajustement de la forge de fanfreluche.

Le caravanier semble beaucoup plus détendu: en effet, il ne va pas loin. Ce n'est plus la longue et fatigante caravane d'Emédésia, qui transportait les lettres entre Estreldar et son épouse, c'est la petite caravane détendue qui raillait Dalashinn à Naldomia et qui n'a donc que très rarement à se soucier ni d'attaques très sérieuses, ni d'un temps trop imprévisible. Près de la transition avec les plaines du Nord, la Confédération, comme les finances de la famille d'Estreldar, est un peu moins rude, et l'horizon de la famille s'éclaircit peu à peu.

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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Mirion 13 Dilannel du 1563ème cycle à 04h04

Estreldar,

Je n'ai rien de spécial à te raconter depuis la dernière fois et j'en ai assez de parler de magie et d'argent. Je suis d'accord avec toi sur ce point, nous ne sommes pas associés et il nous faut être moins flous et moins vagues sur le temps que nous consacrons aux affaires. Nous devons mener la barque de la famille, mais elle vogue sur un fleuve relativement calme et elle va tout droit, alors je crois en effet, qu'on peut, occasionnellement, s'épargner les conversations sur l'énergie de connerie avancée fibreuse à trois pattes et sur le détail, à l'arténium près, de mes comptes du moment.

Hier, Mastril s'est révélé être insupportable toute la journée, te souviens-tu, comme lorsqu'il avait quatorze ans. Il avait une casserole à finir, pour changer, mais il avait envie de me parler, de tout et de rien, d'inventer des histoires, de me parler des rumeurs de la rue, de me dire qu'il y avait des monstres, qu'on allait mourir, que l'école sentait le soufre ou je ne sais encore quelle autre absurdité il avait inventée à cette occasion, ainsi qu'il le fait en routine quand il s'ennuie ou qu'il a peur de quelque chose.

Quoiqu'il en soit, je lui ai peut-être un peu balancé le livre de comptes à la figure (il n'a rien) (le livre) et je suis partie en tempêtant de façon mesurée, tu sais bien, comme toujours avec moi. J'ai attrapé mon fichu et je suis sortie par la porte de Delnam. J'ai peut-être été un peu ferme avec les gardes, mais j'ai un peu de mal à comprendre qu'on nous parle comme des enfants. Oui, il y a créatures de je sais pas quoi partout dans le désert; oui, il y a des bandits; non, les gardes ne sont pas partout et oui, j'ai envie de sortir quand même comme une arténienne qui veut voir son désert, en quoi est-ce que ça leur pose problème, à ces abrutis ?

Quoiqu'il en soit, je suis, disais-je, sortie et j'ai marché le long des murailles Nord, Vers l'Ouest. D'ailleurs, je vais avoir besoin d'une nouvelle paire de chaussures, parce que je, je ne sais pas si tu te souviens, mais ça grimpe dur, de ce côté-là. Il y a une petite colline qui dépasse du désert, elle a cette forme étrange circulaire, j'espère que tu t'en souviens. Pour une raison étrange, je me suis convaincue qu'il fallait impérativement que je monte dessus, alors je l'ai fait. C'était l'une de ses journée où le ciel est plein de poussière, où il y a assez de vent pour qu'on n'y voit pas grand-chose mais pas tout à fait assez pour ressentir le romantisme confortable qu'inspire l'écoute de la tempête de poussière quand on est dans un bain. J'étais encore en colère en crapahutant et donc je suis montée un peu n'importe comment, sans doute pas vraiment en prenant le chemin le plus facile et en déchaussant quelques uns de ces foutus cailloux au passage. J'ai écrabouillé par accident un cactus tout jeune, tout petit, presque mignon, qui a répandu du jus vert partout. Je me suis senti honteuse et meurtrière, un instant. Et puis, je suis arrivée en haut.

J'aimerais tellement pouvoir te décrire ça correctement; je vais faire de mon mieux mais rien ne pourrait vraiment rendre compte de ce qui s'est passé, vraiment, un peu comme ces imbéciles qui pensent qu'on peut peindre un coucher de Solior. Quand je suis arrivée, je me suis assise sur une grosse pierre plate, en haut. A l'Ouest, il y avait les montagnes cachées par la poussière et puis, sans que je ne sache pourquoi, il y a eu comme un trou dans le voile brun et gris et un pan des montagnes m'est apparu brutalement, dans un Solior clair comme un matin d'hiver. Je pouvais clairement voir tout le désert, d'abord lisse et stérile, et puis les premières rides, pleines de fractures, parallèles mais torturées, qui émergent du plat parfait pour former des collines. Au delà, on voyait aussi les collines un peu plus hautes, celles où il y a un peu de végétation. Il avait dû pleuvoir, parce que le peu de vert que j'arrivais à distinguer, à pareille distance, était brillant comme une plante après la pluie, comme l'herbe de Naldomia, de ce vert un peu jaune de la végétation qui s'est imbibée autant d'eau que de lumière et qui semble prête à déborder. C'était déjà une vision absolument idyllique, en soi, et ça m'a rappelé les promenades qu'on faisait, avant que tu ne reprennes la boutique.

Mais surtout, au dessus, les montagnes m'ont fait mal aux yeux, tant elles étaient blanches, dans un Solior aussi fort. Je ne sais pas si la neige fond jamais, là-bas, en général, entre l'école et les murailles, je ne regarde pas vraiment dans cette direction. Tu ne vas sûrement pas me croire mais j'aurais juré, absolument juré sur tout ce qui m'est cher, qu'en haut de la dernière montagne, tout au fond, tout au fond, pas loin de Kohr, pas loin de la limite d'où les yeux des gens normaux vont, là où on raconte qu'il y a des dragons, je te jure que j'ai vu une tour blanche, et qu'en haut, quelque chose brillait plus ou moins fort, comme un cœur qui bat. Un instant, j'ai cru que la montagne me parlait et qu'un gardien, dans cette tour, réagissait à mon intrusion. Tout cela n'a duré qu'un instant, vraiment, du désert jusqu'au sommet des montagnes, ça n'a pris que quelques secondes; pourtant, quand j'ai vu cette lumière, le temps s'est comme complètement arrêté, comme si je recevais un choc ou un message venu de là-bas, exactement la même impression que quand tu crois comprendre quelque chose d'important en rêve, quand tu te réveilles brutalement au bord de la réponse, et quand le rêve et sa trame glissent entre tes doigts comme de l'eau alors même que tu luttes pour te les approprier. D'un coup, une rafale a recouvert mon champ de vision de poussière et tout est redevenu normal, gris, triste et un peu étouffant.

Je suis rentrée à la maison, j'ai bu du thé et je t'écris cette lettre, parce que je veux le dire avant de l'oublier et je ne peux le dire qu'à toi.
Même si tu n'as rien à dire, écris moi que tu vas bien, si c'est le cas.

Je t'embrasse.
Délie.

La vie est un songe.
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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Dolink 17 Dilannel du 1563ème cycle à 03h50

Estreldar,

Je ne sais pas trop quoi te dire, par rapport à ta théorie. Je crois que c'est un peu normal, vraiment, que tu sois seul là-dedans. Quoi que tu en penses, personne n'est là pour faire de la magie, je pense, tout le monde s'en fiche. La magie, c'est la distraction des gens qui ont réussi, dans ce pays. De ce point de vue-là, nous ne sommes différents d'aucun autre pays. Je suis sûre que sous couvert de leur bondieuseries, de leur Keldar tout brillant et des leurs armures graissées, les bêtes à bon Dieu du Nord se tirent dans les pattes comme les derniers des vicieux pour un titre de sainte-nitouche suprême ou de casserole à patte sublime de septième grade. C'est dans la nature humaine et tu n'y peux rien, les gens veulent des promotions. Tout le reste, les dieux, les mages, les esprits et les tartignoles, c'est le vernis par dessus, mais elfes, les hommes et les orques veulent tous la même chose: la gloire.

Je me doute bien que ça paraisse complètement abracadabrantesque, parce que c'est vrai qu'on avait choisi de rester dans nos casseroles, d'avoir assez et puis de nous en tenir là, mais c'est la même chose à toutes les échelles, ce n'est pas seulement l'apanage des puissants. Si tu regardes la voisine, elle fait tout ce qu'elle peu, derrière sa figure aimable et ses ronds de jambe, pour avoir l'air mieux que l'autre, plus aimable, plus jeune pour son âge, moins grosse (raté). Il faut que tu partes du principe que personne ne t'aidera et que tout le monde te marchera dessus si possible. Bien sûr qu'il y a des exceptions, sinon on n'existerait pas, mais, de base, sans information certaine, sans avoir observé les gens, pars du principe qu'ils ne t'aideront pas de façon désintéressée.

J'ai bien conscience que de ton point de vue, devoir disséquer le comportement des gens est absurdement difficile et d'une tristesse infinie, mais ce n'est pas comme si tu avais le choix. C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de porteurs, mais quand même, ça suffit. Tu dois écouter et enregistrer, c'est vrai, et je sais que tu le fais, mais c'est tout aussi important de décortiquer, pourquoi la personne dit ça, qu'est-ce qu'elle a fait par le passé, quel intérêt elle peut avoir dans la bataille. Je sais bien que tu n'es pas un guerrier, Estreldar, mais les gens autour de toi le sont, et si tu veux bricoler ta magie sans qu'on t'emmerde, alors tu devras composer avec les autres. Alors, oui, c'est normal, tu devras te débrouiller, pour répondre aux questions. D'un autre côté, si ça t'intéresse vraiment, il n'y a pas de raison qu'un autre y arrive mieux que toi; et si ça coince au moment de sortir sur le parchemin, je t'aiderai.

Pour le moment, vraiment, c'est trop simple, ton idée, je crois. Peut-être que tu te débrouilles, mais pas au point qu'on te balance un truc à cinq cent arténiums à la figure pour un texte recopié et vaguement bidouillé. Il doit y avoir une subtilité quelque part et tu devrais fouiner encore un peu.

Ici, c'est un peu la fourmilière, sur une note plus joyeuse. Je suis en train de coudre un poupoint à Mastril et j'ai trouvé le courage de récurer la maison du sol au plafond. Aller à Naldomia souvent, ça rend le temps moins long, mais alors, je ne sais pas comment tu fais pour passer le balai sans hurler de frustration, vraiment. Tu pourrais peut-être rentrer pour faire le ménage. (Je plaisante.)

Sinon, pour tes cocos qui font tout exploser, je pense que je peux obtenir des légumes kohriens, on a vendu pas trop mal, alors on peut faire un petit effort, et même un bon effort. Par contre, j'avoue, j'ai un peu peur des gens borgnes. Il faut que je me concentre pour ne pas regarder ça tout le temps et pour manger quand même, mais ça risque d'être un peu dérangeant quand même. J'ai aussi prévu un petit lit, pour le petit, s'il est fatigué, la voisine me l'a passé. (Oui, j'ai tout lavé à l'eau bouillante, pour le parfum, ne t'inquiète pas).

Je pense que la maison sera à peu près prête, et, comme tu me l'as demandé, je n'ai rien dit à personne. Mais enfin, un elfe tout en noir avec un œil en moins, je ne sais pas très bien quelles salades je vais bien pouvoir raconter à la voisine. J'ai pensé à un négociant en minerai de Folionna, qu'est-ce que tu en penses ? Tout le monde sait que les gens du Sud sont bizarres et broient du noir à longueur de journée, alors ça passerait peut-être. Et puis, si ça peut flanquer la trouille à Dertioux, je ne vais pas me plaindre, n'est-ce pas ? Et c'est bon, pour l'auberge, Gratien est d'accord, même s'il a un peu peur, je crois, que tout prenne feu en plein milieu de la nuit.

J'ai dit le strict minimum à Mastril, tu penses bien, déjà qu'il a fallu deux ans pour qu'il tienne son marteau correctement, j'ai bien peur que ça ne lui fasse frire le peu de méninges à sa disposition. J'ai reçu une lettre de sa mère et elle débloque complètement, parce qu'il n'y a pas un mot pour lui, rien, absolument rien. Je ne sais pas ce qu'une pauvre folle comme elle peut bien faire, à Escania, pour survivre, mais elle écrit comme une gamine et a l'air d'avoir oublié Mastril, ça n'annonce rien de bon. J'ai gardé le meilleur pour ma fin: elle dit qu'elle a vu Dallia, la déesse de la vie, tu sais, des kohriens. Elle, une arténienne pure souche, qui croit au sol sous ses pieds et au ciel au dessus de sa tête, qui part en vadrouille en laissant son fils et qui voit des dieux, j'ai honte pour elle. J'ai brûlé la lettre.

Je m'occupe bien de Mastril quand même, ne t'en fais pas. Je me moque, mais je sais bien qu'il y pense. Tu devrais l'inviter à Naldomia et lui faire de la magie. Ça lui ferait du bien, je crois qu'il n'a plus d'amoureuse, il n'est pas sorti, récemment.

Je t'embrasse, Délie.

La vie est un songe.
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Estreldar
Novice de la Vitalité
Confédération Arténienne

le Dolink 24 Dilannel du 1563ème cycle à 00h08

Estreldar,

Hier, c'était la fête au quartier, et, même si nous nous sommes vus avant-hier, j'étais un peu triste d'y aller sans toi. On a eu assez de chance, toute la journée le vent était à l'Est et il y avait de la poussière partout, mais il est tombé avec le soir, alors on a pu s'installer dehors sans problème. On a réussi à faire venir une grande planche de Delnam pour trois fois rien, et le voisin, tu sais, celui qui est au coin de la petite rue qui va vers l'école, a bricolé une espèce de long tréteau avec une grande planche. Je pense que ça n'aurait pas survécu à une rafale, même gentillette, mais ça a suffit pour la soirée, et puis, avec toute la nourriture qu'on a posée dessus, ça allait.

On a aussi récupéré des lanternes chimériques à l'enchanteur qui est sur la petit place avec la fontaine, cette année il a bien voulu nous les prêter, et, pour une fois, sans nous miauler dessus de ne pas les casser pendant une heure. Le grand arbre avait l'air un peu moins triste, avec ces lumières étranges, dedans. Ce n'étaient pas les même que d'habitude, je crois. Il me semble que celle de l'année dernière étaient surtout vertes et bleues, là, il y avait un peu de orange dedans. Je n'ai aucune idée de comment il choisit la couleur, mais c'était bien mieux: on avait un peu moins l'impression d'être dans un bocal et un peu plus celle d'avoir un peu de camp pas très loin, à part l'odeur, bien sûr. On avait aussi accroché une espèce de fil, sur de grands poteaux, à deux hauteurs d'homme, au dessus de la table, et on y avait suspendu quelques vrais lanternes et quelques fausses, c'était très joli, à part qu'avec le mélange de couleur, c'était un peu difficile de faire la différence entre vinaigrette et confiture et il y a eu quelques mauvaises surprises.

Evidemment, on a fourni tout le matériel pour faire la cuisine. Je t'écris cette lettre le lendemain matin et toute la marmaille est partie au grand lavoir pour récurer les marmites et les casseroles, je serai surprise si tout revient intact. Mais enfin, ce n'est qu'une fois par an, alors j'essaie de relativiser. Pour la fête, donc, la voisine a cuisiné, comme d'habitude et, même si ça m'écorche la plume de l'écrire, c'était vraiment délicieux. Je crois que depuis que son mari lui fout une paix royale, elle passe plus de temps chez elle et elle a cuisiné une espèce de feuilleté bourré de légumes que tu aurais adoré, je pense. J'essaie de convaincre mon orgueil d'aller lui offrir une tasse de quelque chose pour lui extorquer la recette, mais j'avoue qu'entre te faire plaisir avec ce machin et ne pas la supporter pendant une heure en lui faisait des compliments, mon cœur balance encore. Je te tiendrai au courant.

C'est vraiment étrange, que le plus grand manitou des grands manitous prennent personnellement en charge tous les petits nouveaux. J'ai bien compris ce que tu m'as dit, que c'étaient surtout les archimages les patrons et que lui avait autant de pouvoir que l'étiquette de la boîte de gâteau a le goût de fraise, mais enfin quand même, il doit avoir suffisamment de responsabilités pour ne pas avoir à s'occuper d'enseigner des sorts de base aux nouveaux porteurs de livre. Je suis ravie qu'il soit gentil avec toi, ce n'est pas ce que je veux dire, mais enfin, tout de même, laisser des inconnus te balancer des sorts à la figure, cela me paraît quelque peu discutable. J'espère qu'il ne va rien demander de complètement abominable en échange, ça ne me surprendrait pas. Enfin, si ça aide pour progresser en magie, tant mieux, c'est une bonne nouvelle si tu peux garder ce travail longtemps. Mais peut-être que l'école de la vitalité pourrait ouvrir une antenne à Dalashinn, qu'en penses-tu ? J'en toucherai deux mots à ton patron, à l'occasion, je suis sure qu'il y une multitude de bonnes raisons de faire cela.

Et sinon, tu ne vas pas dans les égouts. D'abord, tu risques de tacher tes vêtements. Ensuite, c'est probablement dangereux. Je serai plus tranquille que tu jettes des sorts dans ta salle de classe, et pas que tu partes sauver la veuve et l'innocent. Si jamais tu t'ennuie, à ce propos, on a un semi-orphelin à la maison. Je l'ai trouvé à pleurer ce matin, vraiment, il faut que tu l'emmènes à la pêche, ou quelque chose de ce style. Il a toujours préféré ta façon de parler, et puis c'est vraiment ton neveu, après tout. Ou alors, peut-être que je pourrais l'envoyer à Emédésia pour quelques jours ? Depuis sa dernière conquête ratée, il tape sur des casseroles toute la journée et on a un stock colossal, je pense que j'en ai pour au moins trois semaines à l'écouler. Hier, à la fête, il y avait la fille de la voisine, qui est jolie comme un bouton de rose et il n'a rien dit, rien, pas un mot, rien. Je suis vraiment inquiète pour ce bonhomme. J'ai l'impression que la pisse d'âne qu'il avait dans le crâne quand il était gosse se transforme en cervelle et qu'il est en train de comprendre ce qui lui arrive. Je lui ai fait un joli pourpoint bleu et violet, mais il l'a à peine regardé et il ne l'a pas porté, alors que je me suis donné du mal.

J'ai hâte que ce dîner arrive, ce serait bien que tu reviennes un peu. Tiens moi au courant pour savoir si tu as une petite place pour Mastril à Emédésia.

Je t'embrasse, Délie.

La vie est un songe.
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