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IDEO : Les Domaines Oubliés

124 Joueurs sur Ideo (4397 inscrits) : 62 humains (2274), 35 elfes (1377), 27 orcs (746) | 4 joueurs connectés | Liste des joueurs | IDEO V3.1.0

Le prix d'un elfe

Rêve privé - Puisque certains se posent la question -
Le Monde des Rêves : Les rêves sont un moyen d'échapper à la réalité quotidienne. On peut rencontrer d'autres rêveurs dans le monde des rêves, mais ces rencontres floues, si elles sont parfois enrichissantes n'ont jamais valeur de communication. Pas de diplomatie ni de serments ici car les rêves sont avant tout ... des rêves.

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Information détaillées
Alyss Sombrefer
HémiSphèr’ du Cerkl’
Union de Hâvrebois

le Malina 16 Joriamel du 1563ème cycle à 21h20


*** Palais d'Algornar ***



Les rares elfes capables de se défendre étaient tombés les premiers. Fauchés comme les blés, par les terribles haches de puissance d’Hâvrebois, les malheureux furent presque tous décimés. La haine ancestrale entre orcs et elfes avait finalement joué. Dans un élan magnanime, le Vhôn ne détruisit rien de plus que la piètre résistance elfique. La Ktor resta intacte et les superbes citées indemnes.

Puis, ce fut au tour des mages d’Arténie de subir la rage des orcs. Si cette fois les combats furent plus âpres, ils ne durèrent guère. La magie fit long feu et les hordes vertes prirent quartier dans les belles citées arténiennes.

Le royaume d’Ithoria fit illusion un moment. Les chevaliers ithoriens combattirent avec fougue quelques temps, puis finirent par succomber les uns après les autres. La capitale keldarienne flamba comme un bûcher dédié à la défaite d’un dieu absent.

L’Empire fut plus difficile à vaincre. Les Légions Impériales restaient un adversaire de taille. Il fallut réunir et lancer la marée verte dans sa totalité pour en venir à bout. Un petit cycle de batailles rangées, ou les haches et les épées s’entrechoquèrent. Les Légions anéanties, Kohr fut aussitôt conquis. Cette fois, le Vhôn délaissa toute forme de magnanimité. Les villes furent toutes évacuées. Leurs habitants indemnes assistèrent impuissants au désastre. Le Vhôn ne laissa que ruines. Il lui fallait satisfaire la soif de vengeance, de ses hordes furieuses.

Hâvrebois régnait maintenant sur le tout Idéo. Et son Vhôn était maître du monde. Respecté de tous ses gnutags et adoré comme un dieu vivant.


*** Le bouillon de poule du Vhôn ***



Rä Lalah tira lentement sur les lourdes tentures incrustées de pierreries venues d’Arténie. Son Vhôn n’aimait pas être réveillé brutalement par un soleil trop fort.

Mon Vhôn… Il est l’heure d’ouvrir vos yeux sur votre monde…

Un grondement sourd fut la seule réponse qu’obtint le petit orc malingre et Rä Lalah recula de quelques pas.

Le petit nêr détestait presque autant le chien qu’il adorait son Vhôn. La seule personne qui lui avait donné une chance de briller. Une chance de faire oublier sa disgracieuse apparence et son corps chétif. Il était devenu d'abord le serviteur intime du grand Vhôn, puis son confident.

Mon bouillon d’poule…

Rä Lalah s’inclina, sachant pourtant que le chef incontesté d'Hâvrebois, n’avait pas même ouvert les yeux.

Votre bouillon est prêt à être bu mon Vhôn. Très chaud, presque brûlant comme vous l'aimez. Et un œuf cru attend d’y être ajouté…

Maintenant, il ne restait qu’à attendre. Si la faim faisait sortir le loup du bois, il en allait de même pour le puissant Vhôn. Il ne résistait jamais très longtemps au bouillon de poule préparé par ses cuisiniers.

La rouquine bailla en s’étirant longuement. Un signal qu’attendait avec impatience le bâtard roux, qui se jeta sur l’immense lit avec des jappements joyeux.

T’es beau mon bâtard… T’es beau mon gros… N’pètes pas hein… Pas l’matin j’t’en prie ! L’chien du Vhôn doit savoir s’tenir hein…

Alyss Sombrefer se redressa et colla son large dos à son oreiller.

Grôn Rä… C’est quoi les nouvelles d’notre monde aujourd’hui ?

La rouquine avait cassé son œuf et le mélangeait à son bouillon à l’aide d’une longue cuillère d’or pur. Le petit elfe détourna ses yeux des seins nus, qui bougeaient doucement dans le mouvement d'Alyss.

C’est jour de marché mon Vhôn ! Algornar grouille déjà de monde. Marchands, commerçants, badauds et curieux. La garde a du mal à faire respecter l’ordre. Tout le monde sait que vous serez présente au marché mon Vhôn… Tout le monde veut vous voir !

La rouquine grommela quelque chose d’inintelligible et soupira. Il était de notoriété publique que le puissant Vhôn s’ennuyait. Adoré par beaucoup, craint par certains et respecté même par ses pires ennemis, le Vhôn d’Hâvrebois semblait ne pas apprécier sa vie, pourtant riche et enviée de tous.

Ton Vhôn… Ton Vhôn… Combien d’fois j’vais d’voir te dire d’m’appeler Alyss ! T’es lourd à force mon ptit Rä !

J’ai beaucoup de mal mon… Alyss…

C’est pas la peine d’me faire courbette sur courbette si c’est pour me r’luquer les seins. On ne r’luque pas les seins d’un Vhôn !

Vous êtes la première gnulag à être Vhôn…

Ouais… J’sais bien… Mais au moins comportes-toi normalement avec moi ! J’en ai ma claque des courbettes et des « Mon Vhôn ceci cela »…

La rouquine avait souri. L’un de ses rares sourires ses derniers temps…


*** Les invités du Vhôn ***



La longue et large tablée de chêne massif de l'une des grandes salles du palais pouvait recevoir une trentaine de personnes. Et la table était entièrement garnie.

La rouquine arrêta ses pas et s'amusa à regarder celles et ceux qui occupaient l'endroit. Elle avait tout le temps de gagner la place du marché.

Les Archimages arténiens papotaient entre eux. Ils devaient encore discuter magie. Alyss laissa son regard glisser sur l'Archimage Ranmax et sa main droite monta vers son épaule pour effleurer la poignée de son épée de feu. Épée que finalement, elle s'était octroyée seule.

Tu m'l'aurais donné ta fameuse épée d'feu grand mage Ranmax ? P't'être que oui...

La rouquine n'avait fait que murmurer et découvrit Valnor, un mage avec qui elle avait été proche d'être amie, attablé en compagnie d'autres arténiens.

Quelques ithoriens mangeaient, eux aussi également assemblés. Hommes et femmes fidèles de Keldar, personnages importants de leur royaume déchu, que la rouquine n'avait pas connus.

A l'autre bout de l'immense meuble chargé de plats et de victuailles, des kohriens imitaient les autres convives, piochant dans les plats. L'ancien Sénéchal de l'Empire au nom ronflant, discutait avec une femme brune de la taille d'Alyss. La femme avait commandé les traqueurs de l'Empire. Une autre femme, qu'Alyss avait croisée, fit sourire la rouquine. Jessy bonbon… Une bonne personne devenue ennemie.

Toutes et tous étaient des porteurs de livres. Toutes et tous avaient été des personnes importantes. Aujourd'hui, ces gens étaient les invités forcés du Vhôn. Les tenir prêt d'elle et les surveiller de près était judicieux. Ils auraient pu être esclaves ou prisonniers. Ils n'avaient pas à se plaindre de leurs sorts.


*** Le marché ***



Le carosse avait quitté le Palais d'Algornar, escorté par la garde personnelle du Vhôn Sombrefer. Une centaine des meilleurs guerriers des Hautes Plaines, choisis pour la protection de la reine des orcs. Les voiles des ouvertures des portières, richement décorés et parsemés de joyaux, protégeaient Alyss des regards, mais personne ne pouvait ignorer que la conquérante d'Idéo était de sortie. Des cris d'allégresse retentissaient sur le passage du cortège. La foule saluait son idole…

Alyss portait sa parure d'écailles, devenue légendaire. La jeune femme ne s'occupait plus de savoir si le pectoral et le pagne d'acier, qui laissaient son corps pratiquement dénudé, faisaient toujours jaser ou excitaient encore les foules. Cette légère armure était devenue un symbole pour beaucoup. La rouquine elle, en avait fait depuis bien longtemps, son fétiche.

Le marchand n'était qu'un vulgaire esclavagiste et en d'autres temps, Alyss n'aurait pas hésité à le passer au fil de son épée. Des esclaves humains étaient en vente. Cinq femmes, toutes jolies et paraissant en bonne forme. Trois hommes aux corps puissants de guerriers.

Alyss s'approcha d'un esclave mâle qui se tenait un peu à l'écart des autres. Un elfe ! Un nêr blond aux yeux verts.
L'esclavagisme écœurait la rouquine. Il était dans ses priorités de lever une nouvelle loi, pour en terminer de cette aberration. Mais la chose n'était pas à prendre à la légère. Il lui fallait prendre le temps. L'esclavage avait toujours été plus ou moins présent en Idéo.

Le marchand était un homme au visage chafouin. Un grand nez busqué et une bouche lippue. Une véritable caricature de ce qu'elle s'imaginait de ces odieux personnages. Il dégoulinait d'obsèquiosité, et se courba devant le Vhôn.

Il ne doit pas rester mille elfes dans la Taurë votre grâce. Et certainement moins encore ! Vous les avez anéanti vôtre majesté… Gloire au puissant Vhôn ! Gloire à vous Vhôn Sombrefer !

La rouquine, debout face au marchand se contint et réussi à ne rien montrer de son dégoût. C'était une guerre et elle voulait que ce soit la dernière. Elle avait combattu les autres nations et avait gagné le droit à la paix. Alyss n'avait pas désiré la fin d'un peuple. Pourtant, elle avait précipité l'extinction des elfes. L'esclavagiste n'exagèrait pas. Il ne restait que trop peu de la population elfique et c'était en partie sa faute. Elle avait précipité une fin peut-être inéluctable, de par ses actes guerriers.

Regardez-le au-moins Grand Vhôn ! Mon nêr est exceptionnel ! On ne peut pas trouver plus représentatif de cette engeance ! Vôtre prix sera le mien Vhôn Alyss ! Et ce sera un honneur pour un pauvre marchand comme moi de vous vendre un tel article… Regardez comme il est beau ! En pleine santé !

Le molosse gronda sourdement. Le chien sentait les choses. Et sa maîtresse était proche de tuer l'humain qui lui faisait face.

Alyss était parfaitement consciente du silence qui pesait sur le marché. Parfaitement consciente qu'elle était le point de mire de tous. Seule la voix du marchand résonnait sur la grande place.

Je n'ai aucun besoin d'esclave marchand...

L'autre se courba encore, son vil faciès très près du ventre nu d'Alyss. Trop près. Les paroles presque murmurées de l'homme arrêtèrent le geste de la rouquine. Elle s'était apprêtée à frapper la vilaine face de l'esclavagiste, trop proche de sa peau nue, arrêtant son geste au dernier instant. La voix chuintante de l'autre évoquait les prouesses amoureuses elfiques. Une vérité selon certains. Une légende idiote selon d'autres.

Un esclave sexuel comme ce nêr pourrait être un rêve pour bien des femmes… Imaginez le plaisir que vous pourriez prendre avec une telle marchandise Grand Vhôn… Imaginez !

L'ancienne bûcheronne, devenue guerrière puis Vhôn d'Hâvrebois, contourna l'esclavagiste sans pouvoir s'empêcher de le repousser durement de la main.

Les yeux d'or d'Alyss accrochèrent le regard émeraude du nêr devenu esclave. Un regard fier malgré les circonstances. Un visage fin et gracieux. Évidemment, il était très beau. N'était-il pas un elfe ? Plus petit qu'elle bien sûr. Mais grand pour un nêr. L'esclavagiste exposait ses marchandises entièrement nues et le nêr avait un corps parfait. L'elfe mâle dans toute sa beauté et toute sa grâce.

La rouquine ne daigna pas se détourner des esclaves qu'elle observait les uns après les autres.

Je prends le lot marchand… Quel est ton prix ?

Un gloussement écoeurant derrière Alyss la fit frissonner.

Vous me faites honneur Vhôn Alyss ! Dix mille pièces d'or pour le lot d'humains... C'est un prix juste vôtre magnificence ! Décidez vous même du prix de l'elfe !

Un geste incroyablement rapide. Un vif éclair métallique. Une longue flamme rouge. Un bruit mat, quand la tête roussie de l'esclavagiste décapité, toucha la terre battue de la place...

La rouquine s'approcha du nêr et ses dents éclatantes brillèrent quand elle sourit.

Ta liberté a t-elle un prix l'elfe ?

Le nêr regarda le Vhôn. Pas de sourire. Pas le moindre signe de reconnaissance. Uniquement de la fierté.

Décidez vous-même...

Alyss planta ses yeux jaunes dans ceux de l'esclave et son sourire s'élargit encore.

T'es libre d'ors et déjà… Mais peut-être m'offriras-tu une nuit d'plaisir ?

L'elfe ne broncha pas, ses yeux rivés à ceux du Vhôn.

Une nuit… Et je repartirai en Taurë...

Pas de flatterie. Pas de titre. Pas même un nom. Aucune marque de respect et pas le moindre remerciement.

Le sourire d'Alyss avait disparu.

Non pas qu'elle fût vexée. En d'autres temps, la bûcheronne aurait plu à cet elfe si beau soit-il. Peut-être même que la guerrière l'aurait conquit. Mais le Vhôn qui avait décimé un peuple n'avait pas moindre chance. Ou peut-être que cette nuit promise, permettrait à un Vhôn de tout tenter, pour convaincre un esclave, qu'il regrettait sincèrement ce qui était arrivé au peuple des bois. Une nuit ou Alyss pourrait peut-être redevenir elle-même. La simple bûcheronne qu'elle avait été. La femme insouciante de tout et heureuse de croquer dans la vie.

La rouquine baissa les yeux sur la lame rougie de son épée de feu et resta un long moment immobile.

Le silence toujours...

La place toute entière était silencieuse. C'était comme si le temps était suspendu, attendant un geste ou une parole, d'une ulmatéo à la chevelure couleur de flamme. C'était un moment idéal pour trouver une grande phrase. Un instant parfait pour lancer une idée. Une belle idée, qui pourrait faire penser dans les huttes. Un simple bon mot ! Un trait d'humour pour dérider les visages tendus vers elle. Peut-être le moment attendu d'Alyss, pour annoncer la fin de l'esclavage ?

Non. Le coeur de la jeune femme n'y était pas.

Il était seulement temps pour le Vhôn, de laisser plus de place à Alyss. Et si Hâvrebois n'appréciait pas le changement, les orcs devraient se trouver une autre reine.

Le rire grave de la rouquine fit vibrer l'air lourd de cette belle matinée.

Tu viens l'chien ! Et pètes pas hein...


"A vivre comme un géant vert, tu finis par aimer l'maïs" Dicton d'bûch'ron

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