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Les Chroniques de Ghèlaer Sancho
Chapitre 12 : [RP]Que ta haine coule comme l'eau sur le dos d'un
Ecrit le Mirion 26 Filandor du 1557ème cycle.
***
Après avoir subi les évènements découlant de ses actions stupides, Ghèlaer n'avait pris que peu de temps avant de prendre les devants et missiver Elir afin qu'ils se rencontrent afin de discuter.

Le jeune assistant était fébrile. Devant la fontaine aux nuances de saphir, il s'était assis, parcourant des mains et du regard son petit sac favori dans lequel il transportait toujours du sable arténien. Il tripotait son contenu, sans chercher si trouver ce qu'il voulait.

Il voulait pourtant trouver quelque chose, mais ce n'était pas matériel. C'était si peu aisé... même dans le Cristal qui, pourtant, permet d'obtenir bien plus facilement toutes les choses de notre imagination, il n'aurait pu trouver cette chose.

Comment lui dire. Il avait bien beau désirer se concentrer pour y réfléchir mais un mur se dressait devant lui. Acrasia... ce mur... tellement difficile à détruire...

Et il resta ainsi, à batifoler sans amusement, à attendre, l'esprit dans le néant, accompagné du bruit cristallin de l'eau projetée par la fontaine bleutée.
***

______________


*** La silhouette d'Elir apparut dans le hall pricnipal du cristal avec un "pop" sonore. Pour l'occasion, le jeune homme s'était contenté d'une sobre robe de mage grise, dans laquelle on ne s'emêlait pas dans les moments critiques. Nerveusement, il remit en place une mèche de cheveux. Si ce Cristal était bien sympathique, gérer toutes ces situations sans Violine sur son épaule l'ennuyait beaucoup, un peu comme si on l'avait amputé, en entrant dans ce cristal.

Il falait retrouver la fontaine qu'il avait vu en se promenant, l'autre jour. Elir se mordit la joue, essayant de retrouver le lieu exact de la chose. Puis, un peu au hasard, il partit à droite, à l'opposé du bureau de Yamaël, les oreilles grandes ouvertes, cherchant le bruit d'une fontaine. En marchant, le visage du jeune homme se tendit. Revoir Ghèlaer pour lui jeter une dague, pourquoi pas. Mais pour discuter, Elir s'inquiétait un peu plus.

Quand, tout à coup, il reconnut le chant de l'eau, il s'arrêta au coude avant d'arriver à la fontaine; et souffla un instant, remettant dans le rang un faux pli sur sa robe. Il n'avait toujours pas déterminé la conduite à tenir. Puis, sur un coup de tête, il se dit que ce n'était pas lui de se casser la tête à faire bonne figure. Ghèlaer le détestant manifestement, rien dans son attitude ne pourrait y changer quoique ce soit sans que l'intéressé le décide, Elir en était convaincu. Il reprit alors son air décidé, à l'aise, comme d'habitude, et s'avança vers la fontaine.

Voyant l'aspirant chercheur, il se contenta d'un hochement de tête poli, tout à fait neutre. Là d'où Elir venait, l'animosité et l'impolitesse n'étaient pas tolérées. ***

Ghèlaer, bonsoir. Vous vouliez me voir ?

______________


***
Dès le kohrien aux beaux habits apparu dans le champ de vision de Ghèlaer, il ne pu contenir son stress qu'en déglutissant. Il s'était empressé de simuler avoir vu Elir, jouant quelque peu dans son sac, encore, mais, à son avis, le son qu'il avait fait en avalant nerveusement sa salive avait été forcément perceptible par tous et chacun...

Embêté par cette situation le faisant sentir comme l'unique cible d'un tournois de tir d'archers, il fut projeté hors de ses pensés lorsque deux pieds vêtus proprement apparurent près du jeune chimériste, et, levant lentement la tête, la vision d'Elir le saluant le fit frémir.

Comment ne pas se sentir rival face à un homme comme celui-ci? L'image qu'il projetait faisait ombre sur la personne qu'était Ghèlaer... non. C'était plus que de l'ombre, c'était comme un sentiment d'engouffrement. De toute son entité, le Kohrien annulait tout ce que l'Arténien était, à un point tel qu'il se sentait presque au seuil de la mort, où la seule parcelle de vie qu'il lui restait ne lui permettait que de constater ce qu'il ne pourrait jamais être.

L'angoisse était à son apogée que le journaliste parla, ressaisissant le jaloux assis. Il était si désinvolte par sa politesse, son attitude simple pour ses habits...

Et le sentiment d'infériorité se traduisit par la colère... toujours assis, rabaissant les yeux sur échappatoire matériel, il parla
***


Bravo! T'es un petit futé de découvrir que je voulais te parler!

***
Toujours face à son sac, il fit claquer sa langue contre son palet en hochant légèremet la tête vers la droite. Il regretta immédiatement ce qu'il venait de dire. Il n'arriverait à rien en perpétuant son attitude de la sorte. Puis, il laissa un soupir sortir de ses poumons. Un long et difficile soupir, et il se repris, bégayant sévèrement.
***


Pa-pardon... je... je vou-voulais paaaas di-dire ça.

***
Un autre long soupir
***


Bon-bon-bonsoir E-Elir. Mmmerc-ci d'être ve-venu-nu.

***
Il s'entendait parler et il détestait ça, déjà qu'il écrivait comme un illettré...

Le jaloux ne leva pas la tête par la suite, et il ne dit plus mot, bien que l'angoisse puisse en être la cause, c'était surtout le fait qu'il attendait de voir si Elir accepterait de poursuivre la conversation, quoiqu'à peine amorcée, alors qu'il lui avait bêtement répondu impoliment.
***

____________


*** Le visage d'Elir était un vivant mystère. Assis sur le rebord de la fontaine, à une distance respactable, il laissant sa main blanche, trop fine, tout en longueur, dériver dans l'eau cristalline. Il gardait un sourcil arqué, regardant Ghèlaer sans gêne alors que celui-ci s'emêlait la langue sous son nez.

Elir le savait, il avait dû se faire passer un savon assez monumental; et, à priori, il l'avait bien mérité. Seulement, à voir le petit boût de chimériste devant lui; il éprouva quelques difficultés à rester en colère.

Lorsque Ghèlaer l'insulta, sa seule réaction ou presque fut de triturer l'anneau d'argent qui ornait en permanance son majeur, d'un geste presque machinal, sans manifester le moindre agacement. Les cheveux noirs d'Elir pendaient sur le devant de son visage, comme abandonnés sur un mat de cocagne, alors que d'ordinaire le jeune homme passait son temps à les remettre en place. La peau blanche d'Elir reflétait la légère lumière qui émanait du fond du bassin, ce qui le statufiait quasiment. Il ne s'anima qu'après les excuses de Ghèlaer.

Il décida alors de tenter un de ses rares coup de poker, ce à quoi d'ordinaire il ne se risquait pas. Sa voix résonna dans la pièce, aussi froide que les murs, et pourtant un peu étouffée, tandis qu'il relevait ses yeux pers vers son interlocuteur. Le jeune homme avait un très léger sourire, comme s'il venait de comprendre de quoi il retournait. ***

Je t'en prie. Que puis-je faire pour toi ?

_________________


***
Alors que le jalousé exposait ses services à Ghèlaer, un éclair foudroya ses pensés pendant que l'assistant chercheur lui répondait...
***


Je-je voud-d-rais...

$this->traduit('humain','... te tuer');
$this->traduit('runes_ancien','... que tu quittes Dalashinn');
$this->traduit('runes','... m'excuser');

***
Or, bien qu'il aurait aimé terminer sa phrase, toutes ses pensées s'attaquaient à son raisonnement, lâchant son petit sac pour se tenir la tête de ses deux mains, les yeux légèrement écarquillés, il ne dit plus mot...

La sacoche était renversée au sol, laissant s'échapper un mince filet de sable, métaphore temporelle inappropriée dans ces lieux, et le jeune estropié balbutina plus pour lui-même que pour Elir
***


Je sais même pas... ce que je veux...

*** Et, alors qu'il retira ses mains de son visage teinté de couleurs rougeâtres, il se retourna pour voir celui qui lui avait causé tant de bouleversements ces derniers temps...

Si la musique était la nourriture de l'âme, les yeux étaient certainement ses fenêtres...

Son regard était plongé dans celui de l'homme à la peau laiteuse. Peut-être il pouvait y voir ce mélange chaotique d'émotions; cette succession contradictoire de personnages qui y défile? Certes, le contexte ne pouvait qu'empoisonner cette perception, contaminant le jugement pour faire pencher l'analyse sur une prédominance pour l'incertitude... ou la détresse. Mais, le verrait-il? Même Ghèlaer n'en était pas pleinement conscient.

Ouvrant mollement la bouche, permettant clairement voir le surplus de salive qui s'y trouvait, il postillonna au début de son mot, amplifiant le sentiment qu'on se faisait de la scène et du jeune sur le point de craquer. ***


P-pourquoi?

____________


*** Elir cilla, un court instant, avant de reprendre un rien de maitrise. Puis un léger sourire illumina son visage. Il fouilla un court instant dans sa poche et en retirant un mouchoir d'une blancheur éclatante, sur lequel étaient brodés trois lettres en fil d'argent : un "e" majuscule, puis un "d" minuscule, puis un "I" majuscule. Il se leva du rebord de la fontaine, puis se baissa.

Ses mains fines frottèrent à peine sur le sol lisse, sans bruit, tandis qu'il ramassait le sable. Elir avait déjà remarqué le petit sac de Ghèlaer; et, même s'il n'en avait à priori rien à faire, comme de tout, cette manie l'amusait. Cependant, comme à l'accoutumée, son visage resta grave, tandis qu'il ramassait le sable fin pour le mettre dans le précieux mouchoir. Une fois son travail terminé, il ferma le tissu d'un noeud, en songeant à l'expression horrifiée de son Père s'il avait vu un mouchoir si coûteux noué, et plein de sable. Un léger sourire apparut pour cette raison sur le visage d'Elir. ***

C'est à toi, je crois.

*** Elir se décida à utiliser une approche plus directe. Cependant, alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la bouche, son regard pers se posa sur le mouchoir, et toute couleur déserta un très court instant son visage. Le secret de son nom et de sa noblesse était brodé sur ce mouchoir en lettres d'argent. Elir vit une abîme s'ouvrir devant lui, mais reprit contenance avec une vélocité extrême. ***

Si j'ai bien compris, tu es ici sans savoir pourquoi. Je crois que je peux t'aider. Yamaël t'a passé un savon monumental et tu dois me déblatérer deux ou trois platitudes pour qu'il se calme, n'est-ce pas ? Si c'est ça, ne t'en préoccupe pas, je ferai très bien sans, et je lui raconterai que tu l'as fait.

*** Elir baissa un instant son regard sur le sac, et balaya le sujet qui donnait des bleus à la langue de Ghèlaer d'un revers de phrase. ***

Pourquoi te promènes-tu avec du sable, comme ça ?

________________


***
L'humain prisonnier des tumultes d'émotions chaotiques de son esprit se ressaisit en voyant Elir balayer finement le sol pour recueillir son sable, précieuse matière fétiche. L'instant d'outrance par laquelle Ghèlaer fut victime fut aussitôt réprimé lorsque le jalousé lui tendit son mouchoir, récipient tissulaire de fortune; il n'avait pas essayé de lui voler son cher sable arténien.

Il leva lentement son bras pour reprendre son bien, laissant à porté du regard ses mains meurtries aux doigts croches, mais, par réflexe, il réprima son mouvement en refermant successivement l'indexe, le pouce, puis le reste.

Comment se saisir d'un tissu si fin, si délicat? Ses mains étaient horribles.

Puis, en un cillement de paupière, Ghèlaer refit ce que jadis il avait coutume de faire; le Cristal permettait tellement de choses. Les jambes du jeune homme s'allongèrent puis s'égalisèrent. Ses mains devinrent lisses et gracieuses, tout comme la peau de son visage, plus basanée. Sa figure de découpa de traits fins, réguliers et étrangement harmonieux. Et c'est à cet instant qu'il se permis de prendre le mouchoir d'Elir.

Peut-être était-ce triste de voir cette scène, ou bien pitoyable, mais une chose était certaine, Ghèlaer cessa de bégayer et poursuivit la conversation entamée.
***



Merci.

***
Il pris une inspiration, profonde et lente, encore, mais pas pour la même raison qu'auparavant.
***


Je sais pourquoi je suis ici, finalement, et ce n'est certainement pas pour m'excuser. Je ne m'excuse pas pour des choses que j'ai faites consciemment et volontairement... Dit ce que tu veux à Yamaël, je me moque de lui. Il n'est pas à sa place. Ce poste ne lui convient pas, surtout pas maintenant, à mon avis, mais, finalement, il n'y a que lui qui puisse le combler pour l'instant.

***
Il adressa alors à Elir un sourire sans joie avec ses lèvres cramoisies.
***


Que peut-on y faire... Enfin...

***
Soupesant le sac de fortune, il pris soin de détacher le noeud, savourant au contact la texture du tissu, bien qu'immatériel, et il en versa le contenu dans son propre sac de cuir tendre ravagé par les frottement divers encourus.
***


J'aime le sable. Je rêve au sable. Je pense au sable. Je fais de la magie avec le sable. J'aime vraiment le sable. Mais je ne sais pas pourquoi.

***
Il avait alors remis sa main idéalistique dans son sac, promenant délicatement son doit dans le sable, d'où on pouvait à peine entendre le frémissement des petits grains se bousculant les uns contre les autres
***

___________


*** Ainsi donc c'était ça. Elir regarda Ghèlaer grandir d'un air triste; et se tourna vers la fontaine, examinant ses propres traits, comme ciselés dans le marbre. le visage qu'il avait hérité des d'Ilor lui jouait encore des tours, comme à l'accoutumée. La tristesse qui se peignait sur les traits d'Elir, au pied de la fontaine, semblait statufier ses traits, comme s'il faisait partie du marbre de l'ouvrage.

Si seulement il pouvait savoir. Elir releva ses yeux tristes vers Ghèlaer. ***

Peu importe ce que pense Yamaël, en effet. Mais je le lui dirai quand même, j'en ai assez de cette histoire. Et ne sois pas trop dur, avec lui.

*** Elir observa un instant le visage régulier de l'image de Ghèlaer s'était évoquée. ***

Vous avez des problèmes avec votre figure, ici. On m'a raconté que Goldwynn avait franchi le pas, pour changer de tête, lui aussi.

Tu sais, Ghèlaer, j'ai la peau blanche, je joue du violon, je sais sourire et rire quand il le faut, j'écris de la façon dont je le souhaite, je ne dis jamais que ce que je veux, c'est vrai.

*** Un court silence interrompt Elir. Les yeux du jeune homme semblent absents, pleins de langueur. ***

Ma Dame m'a appris tout cela. Mais je l'ai tout de même quittée. Ma vie ici n'est qu'un reflet; alors que tu peux laisser éclater chacune de tes colères. Mes sourires ne sont que l'écho de ma vie passée, alors que chacune de tes grimaces n'exprime rien d'autre que ce que tu penses. Ton chez toi est dans mon sac; alors que je suis un étranger.

Alors ne lorgne pas ce que tu méconnais. Et puis tu sais, avoir la peau blanche ici, ça veut dire se promener avec un turban sur la figure.

*** Elir avait laissé entrevoir, de guerre lasse, un peu de ce qu'il pensait de sa situation; mais la note d'humour finale referma le chapitre. ***

___________


***
Au fur et à mesure qu'Elir conversait avec Ghèlaer, doucement, à pas feutrés, la raison s'était installée au sein de son esprit. Le jeune arténien réalisa qu'il était tutoyé, que son corps, finalement, était normal, pas en apparence, mais bien que tous et chacun vivait avec ses propres problèmes.

Il caressait désormais du bout de ses doigts le dos de sa main, sans cesser de la contempler du regard, il acheva, vaguement.
***


C'est bien incompréhensible la vie, n'est-ce pas? Qui peut tracer son propre chemin avec certitude? Alors qu'on attendait de moi des excuses par cette rencontre, j'en donne des remerciements.

***
Il se leva du sol qu'il n'avait jamais quitté, le sac attaché à la simple ceinture en chanvre autour de la taille plus masculine du jeune homme, puis, à l'image du sable repoussé par une brise chaude et sèche du désert Arténien, le reflet feint disparu, tel un murmure.

La douce lumière bleutée de la fontaine dansait au fond des yeux de Ghèlaer alors qu'il regardait Elir, siégeant son rebord froid, alors qu'il contemplait son image pourtant tiède.
***


Elir?

***
Dès que l'intéressé retourna son visage, le jeune humain poursuivi en tendant sa main, meurtrie et irrégulière, dans laquelle se trouvait un joli mouchoir pâle comme neige où le jeune chimériste pu y lire, sur un des pan retombé du tissu, les lettre brodées d'une fine caligraphie "EdI", sans toutefois y trouver de quoi se questionner, ni réaliser que lui-même usait de quelques lettres révélatrices pour parfois signer ses missives.
***


Je suis Ghèlaer Sancho. Enchanté. Bienvenue à Dalashinn et... merci.

***
Il inclina alors légèrement la tête, les yeux clos, passif et sincère.
***

_________________

*** Elir avait l'impression de parler à un enfant : d'une franchise blanche, laissant des parôles inconsidérées (et vraiment très niaises) lui échapper. Les yeux sont le miroir de l'âme, dit-on parfois. Elir se sentait presque coupable de voir au fond de ceux de Ghèlaer comme dans une flaque d'eau; même si c'était certes attachant.

Malgré cela, les questions de Ghèlaer, existentielles et pléonasmiques, étaient d'une insonsable mièvrerie, c'était indéniable. D'ordinaire, Elir aurait relégué Ghèlaer dans la case "abruti", ou dans la case "artiste inspiré", selon sa bonne ou sa mauvaise humeur. Néanmoins, celui-ci était presque touché par l'excessive candeur de son interlocuteur.

Aussi, à moitié par intérêt, et à moitié inconsciemment, ce qui lui donnait un drôle d'air un peu hésitant, Elir mit sa main arachnéenne dans la grosse patte de Ghèlaer, qu'il serra délicatement, renonçant à lui rire au nez sans trop savoir pourquoi. ***

Content de te connaître, Ghèlaer.

*** Elir se demanda un instant s'il allait parvenir à se maitriser devant le ridicule de la situation. Un Ghèlaer apaisé étant toujours un Ghèlaer, il estima qu'éclater de rire n'était peut-être pas le meilleur moyen d'entamer leurs nouvelles relations. Un changement rapide de sujet s'imposait. Elir reprit, en retirant sa main, mine de rien, son mouchoir, et le fourra dans sa poche la plus profonde avec un imperceptible sourire de soulagement, avant de remettre sa main dans l'eau. ***

Tu vas à Yesod, après, c'est ça ?

__________________


***
Encore une fois, Ghèlaer eu le sentiment exaltant d'une noyade évitée, d'un respire salvateur hors de l'eau. Le doux contact charnel de la main d'Elir contre la sienne l'avait finalement complètement apaisé, et, par cet acte, il laissa derechef un soupir, léger comme la brise printanière aux doux parfums du fleuve Enchanteur, s'échapper de son corps.

La paix était signée, et il sourit, joyeusement.
***


Oui, je vais à Yesod, histoire d'analyser un peu cette histoire de malédiction des terres. Techniquement, je pars bientôt, mais quelques personnes peu fiable se font attendre. Bref, du coup, j'attends un peu, sans trop savoir à quoi m'en tenir. Et puis, Yesod, j'ai eu beau regarder sur toutes mes cartes...

Sauf celle que la voleuse m'a brûlée...

... et je n'ai pas trouvé de ville au nom de Yesod... et là, je me demande dans quelle affaire je me suis embarqué. Mais bon, ce sera intéressant de voyager et de rencontrer d'autres personnes qui fréquentent des écoles différentes. Je verrai peut-être quelques créatures deux fois nées.

En attendant, je vais suivre quelques cours de pédagogie par Elonas, histoire d'aider les manques dans l'école. J'ai l'air bête, mais je sais pas mal de choses tu sais!

***
Il n'avait cessé d'afficher un rictus en parlant, jusqu'à ce qu'il termine avec une petite blague, agrémentée d'un clin d'oeil farceur, donnant encore plus de plis irréguliers au visage de Ghèlaer...
***


Et toi? J'ai su que tu n'avais pas demandé à passer le reste des examens pour devenir Étudiant.

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*** C'était presque dérangeant. Elir avait la désagréable impression que Ghèlaer était transparent. D'ordinaire, cela ne lui aurait arraché qu'une exclamation de mépris, un petit rire et un mouvement de cheveux. Cependant, la figure tout à fait grotesque -il faut l'avouer-, et son sourire dissymétrique, extroquaient un sourire bien plus régulier Elir, et un curieux attendrissement. ***

Oh, pour aller à Yesod, c'est tout bête. Tu prends la route du désert; et dès que tu vois une route qui descend au Sud, tu la prends. Elle descend entre deux de ces crêtes montagneuses désolées, pleines d''atroces bestioles qui n'ont que des dents et des griffes, comme on en trouve par ici. Quand j'y suis allé avec Père, c'était plein de sable partout sur la route, elle n'est pas très régulièrement entretenue; mais tu devrais t'y retrouver, toi.

*** Un léger sourire ironique s'éleva sur les lèvres d'Elir. ***

J'admets volontiers que je ne sois pas d'un naturel très débrouillard dans le désert; mais si tu avais vu Père, en pourpoint bleu ciel dans le désert. C'était le seul à avoir refusé de porter un turban.

*** Il était assez saisissant de voir comment Elir parvenait à conserver un langage boursouflé de subjonctifs et de litotes, tout en y adjoignant un tutoiement (presque) chaleureux et un semblant de proximité, quoiqu'à l'état d'ébauche. Il faudrait toutefois un certain temps aux arténiens pour comprendre toute l'auto-dérision qui se cachait derrière le ton fruité du jeune homme. Extérieurement, c'était cependant le même discours en remplaçant le "vous" par le "tu", et avec une once de sourire de ci de là, même si cela suffisait pour changer l'impression générale. Comment il l'avait prévisé, Elir ne disait jamais que ce qu'il voulait dire, et avait toujours l'air de son choix.

L'auto-dérision de Ghèlaer était beaucoup plus brûte; et, si intérieurement Elir leva les yeux au ciel, il gratifia son collègue d'un (très léger) sourire, avant de répondre à sa question, la main toujours balotée dans l'eau de la fontaine. ***

Eh bien, vois-tu, j'ai dû le dire quelque part, jadis, j'aimerais volontiers entâmer une carrière d'enseignant. Néanmoins, quand on ne sait rien enseigner et que les sorts que l'on lance capotent une fois sur trois, je gage qu'on ne doit pas être un professeur tout à fait émérite. Je me suis donc dit que ça ne me coûtait rien d'attendre un peu. En plus, être à côté de la fuite en avant de Sénestria m'embêtait quelque peu, je dois dire. c'eût été une piètre image à donner. Elle est drôlement pressée, n'est-ce pas ?

________________


***
Ghèlaer regardait Elir troubler avec délicatesse d'eau du contour de la fontaine où, techniquement, le remous devait mourir silencieusement. Le chimériste souriait encore, inlassablement, en écoutant le Kohrien parler de son passé, de son père, de ses aventures. On lui permettait d'être riche; riche de bonheur que comblent les souvenirs d'autrui.

Ghèlaer reviendrait assurément sur ce point qui comblait en partie un besoin qu'il avait eu; un besoin qu'il avait encore, en fait. Mais il avait entendu le nom tabou...
***


Elle! ...

***
Il était facile de voir que l'assistant chercheur ruminait intérieurement des émotions, accompagnés de vilains mots, assurément. Il soupesa ses paroles avant de les dire.
***


Sincèrement, je ne l'aime pas. Tu as su ce qu'elle a fait? Elle s'est vengée de moi en me volant parce qu'elle a été découragée de ma résistance aux sorts offensifs! C'est inconcevable! De savoir qu'il y a des Arténiens comme ça, avec des valeurs si médiocres... ça me met...

***
Laissant sa respiration lourde et profonde tuer le silence qui s'installa, il regagna un certain calme en changeant spontanément de sujet.
***


L'enseignement c'est bien. C'est même très bien, et, si je peux me permettre, c'est très sage de ta part d'attendre, tu as un bon jugement.

...

Tu sais, je suis resté Espoir tellement longtemps. Presque trois quarts de cycle! En ce temps, j'espérais tellement être chercheur pour l'accompagner...

***
Une ombre passa devant ses yeux, laissant quelques traces, l'une humide, l'autre rougeâtre... Il recommença à caresser son petit sac, lentement, le regard ailleurs, dans le parfait de l'imparfait.

C'était ça un souvenir? L'espoir brisé qui laisse le coeur et la passion amer? Tant qu'à être dans ce genre de souvenir...
***


... Et toi? Tu n'as plus de famille là-bas?

***
Il espérait combler son vide de souvenir familial tout en prolongeant la conversation avec Elir, où, lui semblait-il, ils ne faisaient que se rapprocher davantage, à son grand plaisir, écoutant ses souvenirs qui, naïvement, lui paraissaient tous heureux.
***

_____________


*** Ghèlaer venait de commettre deux erreurs diplomatiques rédhibitoires en moins de deux minutes. La machoire d'Elir se contracta légèrement, seul signe extérieur que c'était à grand peine qu'il se retenait d'envoyer ses phalanges dans la figure de son interlocuteur. "Tester sa résistance aux sorts offensifs" aurait, en d'autres circonstances, arraché un hurlement de rage à Elir. L'hypocrisie du nain en robe qui lui faisait face le mettait hors de lui.

C'est dans ce genre de circonstances que l'on se rendait compte que la maîtrise de soi apprise à grand-peine par Elir n'était pas qu'un simple mot, car à aucun moment son sourire glacé ne se figea ou ne perdit de sa superbe, même quand il dut supporter les mielleuses flatteries de Ghèlaer. Après un silence cependant un peu plus long que d'ordinaire, Elir décida diplomatiquement d'abandonner le chapître de Sénestria, et même de laisser la conversation plus ou moins en friche. Cependant, à aucun moment ne se départit-il de sa courtoisie. ***

Oui, ma famille habite à Dominia, encore aujourd'hui; au nord de la ville.

*** Le jeune homme préféra taire que c'était dans un château; et que sa famille possédait en outre deux navires et un hôtel particulier avec vue sur la fontaine des Intendants, se disant que Ghèlaer n'était pas revenu à d'assez bons sentiments pour entendre ce genre de choses; et n'ayant de toute façon aucune envie de lui dire quoique ce soit de vrai.

Il parvint, malgré son énervement de plus en plus marqué, à donner à son visage un air de sourde douleur, comme tous ces prétendus orphelins ayant quitté leur famille après avoir tué leur père, qui florissaient parmi les fantasques porteurs de Livre; et, mimant une douleur intolérable, en profita pour s'éloigna bien vite de ce sujet dangereux, faisant semblant de ne pas saisir une allusion pourtant lumineuse. ***

"L'accompagner". Qui donc aurais-tu aimé accompagner ?

__________________


***
Il aurait bien préféré qu'Elir aborde plus profondément le sujet de sa famille, mais, ce qu'il aurait aimé davantage, c'est qu'il ne le questionne pas sur elle...

Une ombre passa derechef devant ses yeux.

Le Kohrien n'était plus vraiment présent dans la réalité de Ghèlaer.

Les souvenirs remontaient en surface...

Sa première rencontre avec elle... Sa patience, son innocence, son comportement agassé, sa justesse, son art magique et musical... Il se souvenait de ses qualités et défauts bien plus que son physique. Il se souvenait bien plus de sa façon d'écrire et des notes de musique qu'elle jouait que de son allure.. Il se souvenait bien plus de sa disparition que sa présence. On la lui avait volée.


Il reprit enfin la parole, emplie de notes évasives, lointaines. Il jouait toujours de manière automatique dans son petit sac de cuir, assis, le dos contre la paroi de la fontaine qui coulait, inlassablement, le regard rivé au fond de ses souvenirs.
***


"Damé"...

***
Impossible de comprendre de qui ou de quoi il s'agissait, un mot lié ou un surnom. Il cligna des paupières, cessant de remuer la main pour reprendre un brin de conscience. Le jeune difforme fixa à nouveau Elir, qui arborait toujours cet air neutre blanc-cassé.

Il avait trop parlé. Il s'était trop ouvert. Trop pour la situation actuelle. Trop pour ce qu'aujourd'hui était Ghèlaer. Il se reprit, sévèrement.
***


Je ne veux pas parler de ça. Ni avec toi, ni avec personne d'autre. Et tâche de ne pas répéter ça à personne...

surtout pas à Akmyr... qu'il termina intérieurement

Tu as forcément des choses que tu ne veux pas dire, n'est-ce pas? Il y a forcément des raisons à pourquoi tu n'es pas avec ta famille? Il y a forcément des raisons pourquoi tu agis comme ça avec moi!

***
Sur ce, il se releva d'un trait, laissant tomber à nouveau sa sacoche au sol, qui provoqua un "toc" sec et creux. Il se pencha rapidement afin de le ramasser d'un coup de main rapide et furieux. Il était choqué, à nouveau, et il se mit à faire les cents pas devant la fontaine et Elir, parlant tout haut et gesticulant, le sac dans la main d'où quelques grains de sable s'écoulaient, ici et là, au fil de ses gestes.
***


Pourquoi tou'le mond'est comm'ç'âvec moi? Pourquoi 'faut toujours qui 'ait aussi peu d'temps agréable pour moi? Pourquoi faut'qu'tout bouge comm'ça, tou'l'temps?
***
Il se retourna vivement, pointant Elir d'un de ses nombreux doigts croches.
***


J'suis pas'l'seul à avoir des problèmes.

***
Il le fixait à nouveau, d'un regard accusateur et réprobateur, attendant quoi? Des justifications? des excuses?

Le jeune chimériste avait encore dérapé. Elir l'avait fait jouer à la roulette russe; et un coup fut tiré. Certes, il ne lui donnerait pas la mort, mais ne dit-on pas "Ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort"?

Effectivement. Alors qu'il attendait un réponse de la part d'Elir, il réfléchissait. En fait, il se voyait, à l'extérieur de son propre corps, pointant le Kohrien.
***


Ah non! Comment j'arrive à faire ça moi? Je vais tout gâcher! J'arrive même pas à rester poli! J'arrive même pas à comprendre comment je vais agir! Je...

...

C'est comme mon écriture! J'agis comme j'écris! Et tout le monde dit que c'est chaotique! Mais qu'est-ce que je fais?!

***
Et, comme s'il tentait de rejoindre son corps pour redresser la situation, son corps se retourna...

Elir pu voir Ghèlaer se tourner brutalement vers sa droite et, la main dressée vers le plafond, doigt en avant, s'adresser au vide.
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$this->traduit('humain','Toi! Ta gueule le mou!');

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Et il se retourna encore une fois vers Elir, bien que son doigt pointait encore le lieu, ou la chose dont personne d'autre que le schizophrène pouvait voir et entendre.
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*** Elir ferma les yeux et soupira intérieurement. Après avoir dû faire le diplomate mielleux, il allait devoir gérer une crise de nerfs en bonne et due forme. Assis, Elir croisa les jambes et s'appuya sur celles-ci, regardant Ghèlaer bondir de ci de là avec une indifférence digne d'une statue de marbre.

Il ne répondit à aucune des phrases de Ghèlaer, non plus qu'ilne le fixa directement, conservant son regard froid, inexorable, droit sur les dalles cristallines du sol. Allia, en de pareilles circonstances, aurait sans doute mis une bonne claque à l'intéressé pour lui faire reprendre ses esprits; mais Elir n'avait guère envie que Ghèlaer, bavant, fumant et rangeant, ne lui rende la pareille.

Après un long silence, une fois que Ghèlaer eut fini son petit discours, un sourire amusé, nostalgique, pointa sur les lèvres d'Elir. ***

Ghèlaer ? Veux-tu une tasse de thé ?

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Bien que sous l'emprise de la colère, la désinvolte réplique d'Elir agit plus efficacement qu'aurait pu l'être une gifle. Lentement, il rabaissa son bras, replia son doigt au côté des autres, puis, le difforme balbutina, usant de l'humain comme langue.
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Hein? Du thé? Je... oui. J'accepte mais...

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Le thé, il adorait. Il en prenait que très rarement toutefois.

Jadis, il n'aimait pas le thé. Il était habitué au thé fort, amère et corsé qu'on lui servait jeune, alors que la femme qui se chargeait de lui le faisait encore; et il n'aimait justement pas ce thé. Cette boisson était une religion pour lui. Une fois, il y a bien dix cycles, il avait eu la chance de tomber sur des gens qui discutaient de thé dans une petite auberge, alors qu'il s'était caché, à son habitude, pour ne pas se faire remarquer ni effrayer les gens.

Les deux hommes parlaient de théière, de température de l'eau, de fermentation du thé, de durée d'infusion...

Il aurait pu aller voir ailleurs, le thé, ce n'était pas si intéressant, mais, il n'avait rien d'autre à faire, de toute façon...

Alors, de retour chez la femme qui s'occupait de lui, il avait essayé. Le thé qu'elle avait dégageait un délicat arôme de luzerne fraîche aux touches de bergamote... jamais il ne l'avait senti avant qu'il soit infusé et ce fut une révélation. Même sa couleur lui avait échappé, un vert vivant, parsemé d'ombrages, rappelant les feuilles mêmes des arbres en plein printemps. Alors, il fit bouillir de l'eau, puis laissa la température rabaisser jusqu'à ce qu'il puisse toucher la bouilloire sans se brûler, et puis, à cet instant, il y infusa les délicates feuilles séchées, et ce, pendant à peine plus d'une minute.

Et le temps de la dégustation était arrivé. À peine la tasse sans anse aux lèvres que le parfum du thé se dégageait par des effluves envoutantes, mais simples, rafraichissantes et vivifiantes. Le thé n'était ni amère ni corsé. Il ne laissait qu'un délicat goût, jusqu'alors inconnu à ses papilles, et son corps s'apaisait, tout comme son esprit, à simplement en boire quelques tasses...

Bref, depuis cet instant, le thé, soit il se le préparait, soit il en prenait du mauvais.

Et le fait qu'Elir lui en offre lui rappela ces souvenirs...
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... non. Laisse faire, il n'y a pas de "mais". J'accepte

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Il avait encore changé; Et d'attitude, et de langue...

...

Mais cet homme en face de lui... comment arrivait-il à le cerner de la sorte? Qui lui avait dit qu'il adorait le thé à ce point?

La dernière chose à voir était si son thé serait dégueulasse ou buvable...
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*** Elir eut un sourire entendu. Il était bien obligé de l'admettre, Allia avait toujours raison. A défaut de plan préconçu, se fier à la chance, toujours. Le jeune homme observa Ghèlaer avec attention, et plissa les yeux un court instant. La magie du cristal ne lui était pas complètement inconnue, il avait même eu le droit à une belle démonstration de Ghèlaer un instant plus tôt. Cependant, le faire lui-même était un rien plus nouveau.

Le nécessaire apparu sur le rebord de la fontaine. Le service à thé qu'Elir apportait toujours avec lui, dut-il être plus chargé qu'une mûle de bat, était particulièrement impressionnant. Si le jeune homme, à l'école, faisait d'ordinaire un effort pour ne pas porter d'or ou d'argent, son service à thé était d'un autre accabit.

La porcelaine des tasses et de la théière étaient d'une finesse arachéenne, et semblait si fragile qu'un bonne éternuement paraissait suffire à la casser. Des motifs de roses, bleus, s'entrelaçaient avec grâce le long de la porcelaine blanche. Cependant, dès qu'Elir approcha la main, il virèrent à l'argent le plus pur, brillant légèrement sous l'effet visible d'un enchantement.

Elir avait hérité ses tasses de sa famille; et Ghèlaer ne pouvait guère deviner qu'il contemplait une porcelaine de plus de deux siècles, enchantée par six générations des aieux d'Elir. En effet, si le vin avait fait la richesse des d'Ilor, tous n'avaient jamais aimé que le thé. Elir lui-même, bien meilleur enchanteur que mage, avait amélioré l'enchantement; et les tasses se transmettraient probablement encore ensuite. Ainsi, en buvant du thé, Elir était presque au manoir, à la gauche d'Allia et face à son Père, truandant quelque sardânais imprudent.

Un sourire d'une nostalgie sans fond s'abîma sur les joues d'Elir un courant instant. Bien qu'il aurait certes pu faire autrement, il sortit son sachet de thé préféré de sa robe de mage, quoiqu'assurrément il eût pu le faire apparaître en dehors. La théière était déjà pleine d'eau. Elir sortit sa main gauche de l'eau et plongea l'ongle de son index dans l'eau, qui commenca à fumer. Il délaça la cordelette de soie du sachet précieux, et le tapota une unique fois.

Quelques débris de feuilles séchées tombèrent au fond de l'eau. Presque aussitôt, une odeur renversante émana de la théière. La père d'Elir, Falir d'Ilor, dépensait chaque année des sommes renversantes, qui auraient suffi à une quinzaine de réception, pour faire venir ce thé des confins de Gardebois. Jamais la maison d'Ilor n'en avait manqué, même en temps de guerre, et même lorsque le père d'Elir avait dû traiter avec des intermédiaires peu scrupuleux pour en obtenir.

Le thé d'Elir n'était pas brun, comme d'ordinaire. Il était presque doré, bien plus clair. Mais surtout, l'odeur qui en émanait n'évoquait pas, comme d'ordinaire, qu'un fruit particulier. Elir ferma un instant les yeux en humant l'odeur de la théière. Pour lui, c'était l'été qui était contenu dans sa théière, et l'odeur s'en rapprochait, semblant contenir les mille et unes promesses de fruits éternels.

Après un léger sourire, Elir referma la théière, et remplit les deux tasses posées sur le bord de la fontaine, avant d'en tendre une, d'une main gracile, vers Ghèlaer. Il était à cet instant difficile de ne pas faire le rapprochement entre la main d'Elir, si frèle, et la porcelaine blanche et argent. ***

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À voir l'équipement qu'Elir avait fait apparaitre, les attentes de Ghèlaer s'élevèrent. Soit c'était du toc, soit c'était que le thé serait bon... et peut-être même très bon, et, jusqu'à ce qu'il vit le Kohrien sortir de la poche intérieure de sa robe de mage travaillée minutieusement un sachet de thé aux couleurs chatoyantes, refermé à l'aide d'un doux tissus, il ressenti au fond de lui... de l'excitation.

À nouveau, ses attentes grimpèrent. Après tout, Elir semblait provenir d'une famille fortunée, à voir ses habits, son langage et ses manières... Pourquoi le thé risquerait d'être mauvais? La seule façon de ne pas rendre hommage à ces feuilles serait de les faire infuser négligemment, mais jamais il n'avait vu ou bu du thé comme celui-ci. Alors, la confiance était de mise, surtout qu'il ne vit ni miel, ni autre additif ronflant pour accompagner cette boisson.

Mais déjà les élancements de la théière lui annonçaient que le thé devait être parfumé, ainsi que le fait qu'il fut prêt si rapidement. Il n'avait pas eu le temps de voir la couleur des feuilles, ni si elles étaient jumelées à d'autres herbages ou fruits séchés.

Or, dès qu'Elir lui présenta la délicate boisson, avec cet heureux mariage de finesse en porcelaine, les parfums vinrent chatouiller les narines boursoufflées de Ghèlaer. Effectivement, les vapeurs fruitées s'échappant de l'infusion étaient des plus agréables. Elles étaient vives, mûres et attirantes.

Le visage du Chimériste se ponctua d'un rictus, à mi chemin de la satisfaction et de l'excitement. Il brisa le silence qui avait occupé quelques minutes de leur temps, parlant légèrement, alors qu'il était complètement absorbé par ce que ses sens lui procurerèrent.
***


Merci
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Souvent, les thé autant parfumés avaient la désagréable tendance à surpasser le goût par leur odeur trop présente. La clef pour obtenir un juste mariage entre le parfum et le goût était de savoir que l'un était indépendant de l'autre et que, si on arrivait toutefois à trouver le parfum d'une boisson en se bouchant les narines, c'est qu'en avalant, les vapeurs remontent jusqu'aux narines par la gorge, et que l'odorat perçoit depuis l'intérieur, le parfum des aliments. Donc, si les aromates n'étaient là que pour parfumer, ils ne devaient pas supprimer les tanins du thé. La corde était raide entre les goûts et le parfum.

Ghèlaer avait d'ailleurs déjà joué quelques tours à ce sujet, dans son enfance. Il avait préparé pour des amis de sa gardienne un thé au parfum d'agrumes et l'avait méchamment salé. Les invités se délectaient de l'odeur de la boisson, sans se douter qu'elle serait infecte au goût. Il s'était bien vengé d'eux, bien qu'il avait gaspillé un thé qu'il appréciait, mais il avait bien ri.

Alors, ce que l'on goûte et ce que l'on sent, c'est deux choses. Et il était temps de verser délicatement ce liquide afin de le juger sévèrement.

La soucoupe tenue par sa grossière main gauche et l'anse par la droite, Ghèlaer approcha la délicate porcelaine à ses lèvres pour d'abord réaliser que la température lui permettrait de ne pas se brûler la langue et de ne rien goûter.

Et...

La boisson dégagea finalement sa saveur. Le contexte n'aurait pu être des plus adéquat. Le jeune homme avait les yeux fermés, explorant intérieurement les sentiments que lui offrait ce breuvage; Une saveur de paix, de festivités et de bonheur. Il pouvait sentir, alors qu'il déglutissait, la forêt et l'eau pure, s'unissant à son corps et son esprit pour l'apaiser.

C'était parfait. L'harmonie était totale en cet instant; le délicat chant de la fontaine, le parfum envoutant du thé, ainsi que sa saveur; la présence d'Elir, qui lui avait permis de le découvrir, de se découvrir, de découvrir un nouveau thé.

L'harmonie de l'hôte et de l'invité, créée par la rencontre de deux cœurs, et le partage d'une tasse de thé...

Il laissa un soupir de satisfaction s'échapper de ses narines, remontant les effluves parfumées de la boisson riche en émotions, puis, il repris la parole.
***


Merci... encore...

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Et, calmement, il reprit une gorgé, le regard ailleurs, le sourire aux lèvres; celui de la satisfaction.
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*** Derrière le sourire complaisant d'Elir, son teint de nacre et ses traits détendus, les rouages d'acier de l'esprit d'Elir, qui ne s'ouvraient que très rarement devant son véritable esprit, tournaient à plein régime, quoiqu'avec la remarquable satisfaction d'avoir mis ce lion sans superbe en cage.

Elir, cependant, était assez mécontent d'avoir usité de son thé pour cela. Certes, cela n'entâmait pas ses réserves, mais c'était trop long. Si, par chance, il avait eu une femme devant lui, il aurait alors pu régler la question en quelques secondes. Mais, face à un arténien, qui plus est un amoureux du désert (autant dire un extraterrestre pour Elir), le jeune homme était assez désarmé, et était obligé d'en revenir aux fondamentaux de l'espèce humaine. Elir avait d'ailleurs craint que Ghèlaer ne rentre guère dans sa conception de l'humanité, quoiqu'il eût conscience qu'en tant que noble kohrien ayant reçu une éducation délémite, il avait sans doute une notion un peu étriquée de la chose.

Elir sirrota une gorgée de thé d'un air distrait. Il en buvait depuis toujours, sa première tasse ayant été bue quand il avait trois cycles; et, malgré cela, ce thé miraculeux le plongeait toujours dans un profond contentement. Ses yeux, un court instant, dérivèrent dans le néant, tandis qu'il revoyait en souvenir le manoir, son manoir. Après un court regard à Ghèlaer, il décida de laisser celui qu'il répugnait à appeler son collègue à ses méditations, renonçant à comprendre l'origine du filet de bave qu'il imaginait se déverser droit de la mièvrerie de Ghèlaer. ***

Je suis désolé Ghèlaer, mais je crains de ne te devoir t'abandonner rapidement. J'ai envoyé le dernier article d'Ars Magica à Violine, et j'ai très peur qu'elle ne l'égare en route, comme la dernière fois. Je sais que le temps passe différemment, ici, mais cela m'inquiète tout de même, quoique ce soir certes fort inconséquent, en vérité. Je suis vraiment désolé.

*** Une charmante rougeur apparut comme par magie sur les joues d'Elir, à l'instant précis où il finissait sa phrase. ***

A bientôt, sans doute.

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Il fini son thé alors qu'Elir s'excusait.

Il n'éprouva ni tristesse ni joie en sachant qu'il lui fausserait compagnie, puisqu'il était absorbé par les sensations que le thé lui offrait encore. Ghèlaer lui remis son couvert à thé où résidait quelques petits débris de thé baignant dans un liquide jaunâtre. Il lui répondit.
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Ça va, ne t'excuse pas. Je ne peux pas t'en vouloir pour quoi que ce soit après tout ce que je t'ai fait endurer depuis que tu es ici, et surtout pas avec ce délicieux thé.

*** Il soupira pour un énième fois, le affichant un sourire serein. ***


À bientôt, Elir.
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Sans bouger aucunement, son image se dissipa à la même façon dont son apparence l'avait fait ultérieurement; il avait sans doute retiré son cristal du Grimoire...
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*** Elir eut un regard pensif vers l'eau de la fontaine en voyant l'image de Ghèlaer se déliter. Les tasses, le thé, tout le reste se dissipa dans son sillage. Elir resta là, assis sur le bord de la fontaine.

La main dans l'eau courante, le visage froid, le regard immobile, le jeune homme soupira, puis disparut, comme si son image disparaissait dans les eaux de la fontaine. ***

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